‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 8 sur 58 · ASSI · texte numérisé non relu

ASSI

il« arrondissement.— 18,041 voix.

Adolphe-Alphonse Assi est un ouvrier mécanicien âgé de trente ans, qui doit sa réputation aux grèves nmeoses du Creuzot. Assi est né à Roubaix (Nord),

c'est un homoie de taille moyenne, brun, svelte, et dont les manières prétentieuses, -la recherche des mots dans la conversation et le regard fier, presque provocant, annoncent une vanité excessive au service d'un esprit médiocre.

Engagé volontaire à l'âge de dix-sept ans, Assi fut placé dans une compagnie hors rang comme mécanicien militaire ; au bout de peu de temps de service, à l'âge de dix-neuf ans, il déserta et passa en Suisse. Voici le récit émouvant qu'il a fait lui-même de sa désertion : « Je me rappelle qu'après vingtquatre heures de garde, les pieds dans la neige, nous ne reçûmes à manger (ju à quatre heiu*es du soir et fûmes remplacés à huit heures. En rentrant, je voulus me faire porter malade, on me mit à la salle de police. Il y avait là trois hommes qui me proposèrent de passer en Suisse. Je souffrais, j'avais souffert beaucoup, je les écoutai et les suivis» Je ne suis donc pas déserteur, comme on a eu l'air de le dire, pour éviter des poursuites disciplinaires, et j'ai des excuses, ne serait-ce que mon jeune âge, car j'avais alors dix-neuf ans. »

Assi, après avoir travaillé en Suisse, alla en Italie où il servit sous Garibaldi. Après l'amnistie, il revint en France, c'était en 1864, et bientôt après il fut engagé dans les usines du Creuzot comme mécanicien-ajusteur (1868).

Le Creuzot était autocratiquement dirigé par M. Schneider, qui voulait se réserver la gestion d'une caisse de secours fondée avec les retenues faites sur le salaire des ouvriers. Ceux-ci réclamèrent pour eux le droit de nommer le gérant de cette caisse et désignèrent Assi.

Le 19 janvier 1870, M. Schneider renvoya de l'atelier, devant tous ses camarades, Assi, qui venait d'être choisi comme mandataire des ouvriers de l'usine. Ce fut le signal d'une grève soutenue par les

fonds du bureau de rinternationale de Paris et par la propagande du journal la Marseillaise, qui avait envoyé sur les lieux M. Achille Dubuc, un de ses rédacteurs.

Assi quitta le Creuzot pour venir à Paris, et de ce voyage datent ses relations et son affiliation à l'Internationale et à la franc- maçonnerie.

Assi était revenu depuis quelque temps au Creuzot, quand le 23 mars une nouvelle grève éclata parce que la veille, jour de paye, Tadministration avait diminué les tarifs sans prévenir les ouvriers. Un mandat d'arrêt fut lancé contre Assi, accusé d'avoir fomenté cette nouvelle grève; mais ce mandat ne put être exécuté, Assi s'étant dérobé aux poursuites dirigées contre lui.

Malon, un des membres de rinternationale, qui, de concert avec Varlin, semble avoir organisé ces Jeux grèves sous le couvert du nom d'Assi, Malon s'était transporté presque sur les lieux, à Four^ chambault, et rendait compte à ses amis des progrès et des incidents de la grève.

Assi semble donc dans ces grèves n'avoir fait que prêter son nom pour couvrir l'Internationale, véritable directrice du mouvement.

Il fut arrêté le i" mai, après que les désordres avaient déjà cessé au Creuzot et que le travail avait repris dans l'usine.

Impliqué dans le procès de l'Internationale de juin 1870, Assi fut habilement défendu par M° Léon Bigot, dont la plaidoirie fut un sanglant réquisitoire contre M. Schneider et l'administration du Oeuzot. Assi fut renvoyé des fins de la prévention sm^ amende ni dépens.

La réputation que donnèrent à Assi les événements du Creuzot, le rendit bien vite populaire dans les réunions publiques dont il devint un des orateurs habituels. On ne s'aperçut pas de l'incapa-

cité de cet homme qui, comme nous l'avons dit, n'avait été que l'endosseur des idées d'autrui, et Assi qui pendant le siège était resté à Paris, où il faisait partie d'un corps de francs-tireurs, la guérilla de rile de France, dont il était lieutenant d'armement, Assi fut porté aux élections législatives où il obtint plusieurs milliers de voix.

11 fut l'un des membres les plus actifs et le président du Comité central qui triompha le 18 mars, et c'est à cetitre qu'il dut son élection à la Commune.

Nommé membre de la Commission ^e sûreté générale, Assi fut peu de temps après son élection arrêté par ordre de ses collègues. La Commune craignait alors d'être supplantée par le Comité central qui n'avait pas complètement abandonné le pouvoir, et voulant annihiler son influence, elle frappa celui qu'elle croyait l'âme de ce Comité. Assi fut donc arrêté le l®"^ avril et remplacé comme gouverneur de l'Hôtel-de- Ville par Pindy. Il ne fut relâché que le 15, après avoir été interrogé par la Commune et quand il eut donné des preuves de sa soumission aux ordres de cette assemblée. Depuis sa mise en liberté, Assi, soit par rancune, soit plutôt par incapacité , se mêla peu au mouvement et même aux discussions de la Commune.

Nous croyons qu'Assi n'a aucune des qualités que pourrait faire supposer sa réputation. Il a été souvent lancé en avant et mis en nom, comme dans l'affaire du Creuzot et dans le Comité central, par des hommes habiles qui le dirigeaient. N'étant plus dirigé, Assi retombait fatalement dans la masse des ignorants et des incapables dont le hasard seul l'avait fait sortir un instant.

Il a été vivement attaqué , parce qu'il s'est trouvé occuper des postes importants. 11 ne mérite, à notre avis, ni cet excès de louanges ni cet excès d'insultes dont on l'a comblé tour à tour.

Assi se trouvait à l'Ecole militaire le 23 mai ; il en partit le soir, vers minuit, en uniforme de colonel et suivi d'un nombreux état-major qui ignorait, comme lui, l'entrée de Tarmée de Versailles, pour faire une reconnaissance. Mais, près du Point-du- Jour, la petite troupe tomba entre les mains des soldats de la ligne qu'Assi, du fond de sa voiture, avait pris pour- des fédérés. Assi se laissa prendre sans résistance et fut mené à Versailles où il va iHre jugé par le 3"" conseil de guerre.

AVRIAL.

a* arrondissement. — i6,193 voix.

Augustin Avrial est né en 1840 à Revel (Haute- Garonne); c'est un ouvrier mécanicien que le dernier procès de l'Internationale a mis en évidence.

La vie d'Avrial est celle de tous les enfants du peuple, une vie de lutte et de travail. Parti à dixneuf ans comme engagé volontaire au 24° de ligne, il fut envoyé en Afrique avec son régiment. Ses opinions politiques déjà très accentuées lui valurent souvent les réprimandes de ses chefs, surtout quand il se fut lié avec les membres de la Société internationale des travailleurs pendant qu'il était encore au sen'ice, en garnison à Paris.

Avrial quitta l'armée à vingt -cinq ans et reprit tout imbu des idées politiques et sociales de l'Internationale, son état d'ouvrier mécanicien ; il fonda la Chambre syndicale des ouvriers de sa profession et fut un des initiateui*s du deuxième groupe de l'Internationale, qui, après la condamnation du pre-

— dernier bureau, prit le nom de Cercle des études sociales, Avrial fut également un des promoteurs d'une institution destinée à relier entre eux les différents groupes de travailleurs : la Fédération des sociétés ouvrières.

Ce fut comme membre de cette fédération, dans laquelle il représentait les mécaniciens, qu' Avrial fut compris dans le nombre des ouvriers arrêtés au moment du plébiscite, au mois de mai 1870. Sa défense devant la Cour mériterait d'être reproduite tout entière ; elle est curieuse à plus d'un titre.

A propos des grèves, il fit cette déclaration :

« On nous accuse de fomenter les grèves.

Oh I messieurs, c'est une grande responsabilité à assumer sur sa tête que celle de pousser les ouvriers à la misère ! J'ai vu, pendant la grève des mégissiers, des hommes, des pères de famille mettre leurs meubles au Mont-de-Piété, et venir nous dire : Je n'ai pas de pain à donner à mes enfants ; il ne reste plus chez moi que les paillasses sur lesquelles couchent ma femme et mes enfants. Vous comprendrez donc, messieurs, que c'est là assumer une terrible responsabilité que de pousser les ouvriers à la grève.....

)) Oui, nous intervenons dans les grèves, nous cherchons, quand elles sont produites, à les régulariser. »

Puis, abordant de front lé but réel du procès qui était de dissoudre l'Internationale en frappant ses chefs, Avrial ajouta :

(( Messieurs, on veut nous empêcher de nous réunir, on veut détruire l'Internationale, permettez-moi de vous dire que vous n'y parviendrez pas. Ne croyez pas que l'Internationale c'est quelques individus ; V Internationale, cest la grande masse ouvrière qui revendique ses droits. »

Avrial fut condamné à deux mois de prison et

23 fr. d'amende comme ayant fait partie de l'Association internationale des travailleurs, « qui se compose de plus de vingt personnes et n'est pas autorisée. » Tel était à son égard le dispositif du jugement prononcé le 8 juillet 1870.

Quand éclata la Révolution du 4 septembre, Avrial subissait sa peine à Beauvais ; il fut mis en liberté, et nommé immédiatement membre de la Commission municipale du il® arrondissement. En celte qualité, il contribua à l'armement de vingtsept bataillons que cette municipalité organisa en un mois. Le 66® bataillon élut Avrial pour commandant, et au 31 octobre son nom figura sur une des nombreuses listes de gouvernement qui furent élaborées pendant cette nuit orageuse.

Après réchec de la révolution tentée le 31 octobre, Avrial fut révoqué de son grade de chef de bataillon, mais il n'en chercha pas moins à contribuer à la défense nationale et créa une association de mécaniciens pour la transformation des armes.

Avrial fut porté sans succès sur la liste de Tlnternationale aux élections législatives. Mais après le 18 mars, le 11° arrondissement Tenvoya à la Commune le second sur la liste avec plus de 16,000 suffrages.

Avrial avait été, en effet, un des promoteurs du mouvement révolutionnaire du 18 mars, il avait dès le premier jour, avec le 66® bataillon de la garde nationale, construit des barricades dans le 11® arrondissement, puis la victoire assurée à l'intérieur, il avait éié prendre possession du fort d'issy.

Nommé chef de légion du 11® arrondissement par le fîénéral Eudes, Avrial flt partie de l'expédition des 2,3 et 4 avril, qui se termina par la mort de Duval, de Flourens et la déroute des bataillons fédérés.

Avrial quitta le commandement de sa légion pour

se consacrer tout entier aux travaux de la Commune, qui le plaça dans la Commission du travail et de réchange.

Après la retraite de Lefrançais, il fut, sur la proposition de Vaillant, choisi comme membre de la Commission executive. Placé depuis d:ms la Commission militaire, Avrial fut quelque temps directeur général du matériel d'artillerie, mais il fut relevé de ses fonctions après le manifeste de la minorité qu'il signa l'un des premiers.

Il vota contre la validation des élections à la majorité absolue des votants et contre la création , d'un Comité de salut public.

Avrial e^ un ouvrier honnête qui s'est laissé entraîner dans le mouvement révolutionnaire sans se douter probablement des infamies par lesquelles il signalerait sa victoire éphémère.

Avrial qui a figuré parmi les derniers combattants de la Commune est, dit-on, du nombre de ceux qui ont réussi à quitter la France.

BABICK.

10" arrondissement. — 10,738 voix.

Parmi les membres de la Commune, un homme .

bien ridicule c'était M. Babick. Son visaee austère, ses sourcils fortement marqués, sa barbe grisonnante étaient loin de lui donner l'air respectable auquel il semblait prétendre.

Babick était parfumeur et avait quelque peu étudié la médecine ; il avait, peut-être pour mieux vendre ses parfums, hérité de l'amour qu'avait M angin pour les oripeaux et les emblèmes ostensibles. En effet

Babick était le plus écharpé des membres de la Commune : écharpe du Comité central , écharpe de la Commune, etc., etc. 11 les croisait et les recroisait sur sa poitrine ei se promenait à travers les rues dans cette tenue sans se douter du ridicule auquel il exposait sa personne et son titre ; il était du reste plein de majesté dans sa marche comme dans son langage, pompeux et insipide.

Babick était ficsionnien, c'est-à-dire disciple d'une religion inventée par M. de Toureil, sorte de mysticisme composé de toutes les religions. Voilà une lettre écrite à un de ses coreligionnaires, lettre, du reste, parfaitement incompréhensible pour tous ceux qui ne possèdent pas la clef de ces indéchiffrables hiéroglyphes, et dont nous conservons Tortographe fantaisiste :

De Parig-Jériisalem, le {■■'janvier 1868, an 23 de l'ère fusionienne.

.4 la Vénéré Famille X , propriétaire à Pans,

pour la réalisation du Règne de Dieu, sur la terre comme au ciel, salut et amour.

Je VOUA prie Vém^ré famille^ de me permettre de ne faire qoX'D avec lamieuae, pour vous Saluer aujourd'hui, autrement que par Ihabiiude ordinaire des membres de la Socii^ié préspn'e?

Trèd chère et bien-aimée famille! rAnnée gui vient de i'écoulé é:att la récapitulation des années qui l'avait généré : de ni'^uie aussi, notre siècle est la récapitulation des Siècles antérieurs qui le produisent.

Aassi par cette raison : Grâces soient rendus aux Siècles et aux années, dans lesquelles les humains ont produit tant de belles et bonnes choses !

Ainsi* donc, Très chère et Bien Aimée famille, si vous admettez ces raisons vous verrez combien nous devons être recounaissants envers les familles qui ont produit les deux

penoones qui à leur toui: composé la famille X qui est

U Bienfaitrice de la famille fiabick.

Grftoes Boient donc rendus à tous yos ancêtres qui yi en vous ! £t Grâces soient rendus aussi a vous et a vos cendantSj par nous, et par nos descendants danslesq nous demandons à Dieu de nous faire vivrent de plus en heureux par la reconnaissance, afin de Glorifier à touj tous les Représentants de Dieu sur la terre comme au Gi

Ainsi soit-il!

Pour ma famille BÂBIGK

Enfant du règne de Dieu, et parfumeur^

à Paris, rue de Nemours, 15.

L'occupation de M. Babick depuis plusieurs nées était d'aller sur les tombes des hommes c nus, sur celle de M. Enfantin et de JPierre Ler par exemple, prononcer des discours et des mules mystiques.

Nommé membre de la Commune et placé c

la Commission de la justice, il en fut élimim

21 avril, lors du remaniement des commissi

Babick a été membre du Comité central avan

%urer dans la Commune où il a voté, en ]

leurs occasions, avec les modérés. S'il a adopt(

conclusions de la Commission, à propos des é

lions complémentaires, il a, d'un autre côté, '

contre le Comité de salut public. Ces excentric

n'empêchent pas qu'on peut compter Babick pa

les membres de la Commune qui ont fait quelc

fois preuve de modération et de bon sens. Il es

ceux qui ont réussi à se cacher où à s'enfuir.

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