‹ Les hommes de la révolutionChapitre 10 sur 24 · LX VIII · texte numérisé non relu

LX VIII

Pendant que Mirabeau hésitait devant ces différents partis qui se présentaient à son ambition et à sa politique, la cour hésitait elle-même entre le désespoir et l’espérance. La reine, moins passive et moins résignée que son mari, avait des conciliabules mystérieux autour d'elle dont elle confiait les secrets au roi. Tous ces entretiens et toutes ces manœuvres devaient retourner les forces de la Révolution contre elle-même, acheter l’opinion publique en corrompant par l’or de la liste civile les agitateurs les plus renommés de Paris, et par des subsides secrets aux principaux orateurs arbitres des décrets de l’Assemblée, inspirer sous main leurs discours et leurs votes, les rattacher à la monarchie par des alliances cachées au peuple, et faire rendre au roi par l’Assemblée elle-même, dans les derniers articles de la constitution, la plénitude du pouvoir exécutif qui lui fournirait bientôt l’occasion de recouvrer sinon la plénitude du moins une part dominante dans le pouvoir

législatif; conspiration purement monarchique qui ne tramait rien à cette époque contre l'indépendance de la nation et qui n’avait pour but que l’apaisement de l’opinion, la modération de l’Assemblée, le salut du roi et la conquête par la résipiscence ou par la corruption des conditions de pouvoir qui devaient constituer une royauté.

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L’intermédiaire naturel entre la cour et Mirabeau devait être le comte de La Marck. 11 désirait, nous l'avons dit, concilier son sentiment d'enthousiasme et de prédilection pour Mirabeau et son dévouement de naissance et d’admiration pour la reine, élever Mirabeau au poste de premier ministre et donner en lui à la monarchie le plus puissant de ses défenseurs dans le plus redoutable de ses adversaires. Le (1 octobre, l’ascendant tout à coup conquis par La Fayette, le vote perfide de l’Assemblée excluant tous ses propres membres du ministère pour en fermer l'entrée à Mirabeau, l’anarchie de Paris, la captivité mal déguisée du roi, les harangues trop peu monarchiques de Mirabeau avaient momentanément découragé le comte de La Marck. 11 était parti pour Bruxelles et se complaisait à oublier dans la retraite au fond de ses terres du Brabant les agitations et les troubles de la France. Son attachement à la reine pouvait seul l’y rappeler. Le comte de Mercy-Argenteau,

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ambassadeur de l’empereur Joseph II auprès de sa sœur Marie -Antoinette, l’homme politique le plus influent du conseil intime de la reine, écrivit au comte de La Marck à la fin de février 1790 qu’on désirait sa présence immédiate à Paris pour des intérêts graves. Le comte de La Marck comprit que ces intérêts étaient ceux de la reine. 11 arriva à Paris. Pour bien se rendre compte des mobiles intimes des grands acteurs dans ces scènes à demi-voix du drame historique, il faut entendre leur propre accent. Nous allons donc dans ce récit de la conquête ou de la corruption de Mirabeau laisser parler et écrire le comte de La Marck et Mirabeau lui-même.

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