SIC
MIRABEAU
dans leur atmosphère. Le sang accéléré par la pulsation des événements, des idées, des passions que les révolutions remuent avec plus de rapidité que dans les temps ordinaires, y donne une fièvre continue aux hommes comme aux choses. On vit plus vite, on dure moins longtemps. Une génération révolutionnaire est vieille ou fauchée avant l’âge d’homme. Nul n’avait personnifié davantage la révolution que Mirabeau, nul ne devait en ressentir davantage la combustion intérieure. Cet homme était ctdcinô du feu du siècle.
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Bien que sa forte charpente osseuse, sa chair pantelante, ses muscles épais, sa voix sonore présentassent encore aux yeux et aux oreilles les symptômes d’une vigueur athlétique, les amis qui l’observaient de plus près que la foule apercevaient depuis quelques mois dans sa physionomie, dans son attitude, dans sa corpulence môme les signes d’une lassitude des sens et d’un épuisement des sources de la vie qui les alarmaient, car beaucoup d'hommes vivaient en lui et l'écoulaient vivre comme s'ils avaient dû mourir avec cet homme. Cabanis, jeune médecin philosophe, qui l’aimait pour sa cordialité autant que pour son génie, étudiait sans le lui dire la décadence insensible de sa constitution. 11 le voyait dépérir, dit-il, ses muscles fléchissaient, son attention deveuait lourde, sa force était décimée, son teint se nuançait de taches métalliques, son âme s’alanguissait dans des mélancolies, signes du découragement de la vie autant que du
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découragement de l’esprit. L’image de la mort qu’il n’avait jamais aperçue qu’à travers les illusions de l’amour, de la gloire et dans le lointain de la distance, semblait se rapprocher et l'obséder. Il s’étudiait, comme par un triste jeu, à se familiariser avec cette image. 11 demandait à ses maîtresses et à ses amis des épitaphes pour sa tombe. 11 se drapait d'avance dans son linceul, il se demandait quel bruit ferait sa mémoire en tombant avant le temps dans le sépulcre? Il regardait, comme les vieillards, les enfants avec ce tendre et triste intérêt qui s'attache dans l’âge avancé à ce qui doit nous remplacer avant peu dans la vie, intérêt qui ressemble à un adieu triste à la génération naissante. Ses nièces, fdles de M'"° du Saillant, belles enfants sur lesquelles il aimait à laisser rayonner sa gloire, lui devenaient plus chères. En embrassant la plus jeune et la plus éblouissante de fraîcheur d’entre elles et en observant lui-même le contraste entre sa pâleur et les roses de l'enfant : « Hélas! dit-il, c’est la mort qui embrasse le printemps! »
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