‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 10 sur 186 · I. Mss. français, 22078, fol. ii · texte numérisé non relu

I. Mss. français, 22078, fol. ii

3. « Tout le poids du travail se trouve versé sur quelques-uns d'entre eux qui sont excédés ». Mémoire sur le trop grand nombre de censeurs, déjà cité.

3. « Pour montrer une docilité sans réserve à ceux dont je peux

dépendre, j'ai envoyé, il y a plus de six mois, mes Eléments de

Newton à la censure, à Paris. Ils y sont restés ; on ne me les rend point ». Voltaire à Gideville, 28 déc. 1787. — On trouve plusieurs lettres de rappel adressées par Malesherbes à des censeurs trop peu diligents (Mss. français, 22148).

l4 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIII* SIECLE

si exactement qu'il n'entre beaucoup d'humeur, d'affection, de façon de penser personnelle dans leurs jugements. » Et il ajoute : « D'ailleurs le ministère change, et les principes changent en même temps ; ce ministère ne résidant que dans une seule personne, on a vu des exemples d'une telle variation que les auteurs, les censeurs, les libraires, ne savent plus ce qu'ils ont à faire*. » En cette confusion et cette incertitude, les censeurs, d'abord embarrassés et perplexes, ne tardaient guère à devenir timorés et vétilleux : « Ils jugeaient... qu'un principe, qu'une phrase, qu'une expression devait déplaire à un grand, à un magistrat, à un prêtre ; ils permettaient à un homme sans talent, sans nom, sans ennemis, dont le livre était ennuyeux, ce qu'ils défendaient à un auteur considéré, mais qui passait pour être suspect à des hommes en place, à des femmes ou à des corps ^. »

Joignez que, de nécessité, ils avaient leurs intérêts, leurs passions, leurs affections, leurs inimitiés ; pour les dominer, dans leur situation, il eût fallu un caractère supérieur ; hommes ordinaires pour la plupart, ils n'y résistaient pas toujours : « Un censeur qui a des prétentions à l'Académie par exemple a grand soin de rayer non seulement tout ce qui pourrait blesser cette compagnie en général, mais chaque individu en particulier. Un autre, attaché aux Comédiens, qui craint de perdre ses entrées, ou qui veut conserver ses honoraires"^, ou a un

1 . Ces lignes sont extraites d'un mémoire laissé inachevé par Malesherbes et qu'il commença à rédiger en 1756, à la suite d'un entretien avec M. de Forbonnals (Mss. français, 22i33, fol. ^2).

2. Gudin de la Brennellerie, Aux Mânes de Louis XV, Deux- Ponts, 1776 (dans la Préface).

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