Coqueley de Ghaussepierre, avocat-conseil de la Comédie
LES HOMMES DE LETTRES ET LA LOI l5
intérêt quelconque de les ménager, ne permettra pas la critique la plus juste, la plus nécessaire contre les histrions. En un mot, c'est presque toujours la haine et l'affection secrète, dirigeant tour à tour la plume, qui raient ou qui approuvent ^ »
Tout cela, les hommes de lettres le savaient bien et, le sachant, ils trouvaient d'autant moins tolérable que les censeurs ne fussent soumis, autant dire, à aucun contrôle. En justice, les arrêts ne sont pas rendus par un seul juge, mais par un tribunal dont les membres pèsent et discutent entre eux leurs opinions diverses. Le censeur prononçait seul sa sentence et n'en devait compte qu'au chef de la librairie ; si actif que fût ce magistrat, le loisir, comme on pense, lui manquait presque toujours pour voir si les décisions étaient bien ou mal prononcées. Il y eut des cas, à vrai dire, où certains hommes de lettres en appelèrent du jugement porté sur leurs œuvres par la censure et obtinrent du Directeur de la librairie qu'il désignât un nouvel examinateur. Mais on aurait vite fait le compte de ceux dont l'appel fut entendu. Il est clair qu'un auteur jeune, sans appuis, sans réputation n'avait guère de chances d'obtenir cette faveur et ne se hasardait pas à la demander. Pourtant, si rarement qu'elle ait été sollicitée et accordée, Maupeou, qui aimait gouverner suivant la manière forte, aurait voulu qu'elle ne pût l'être jamais : il avait préparé un règlement qui prescrivait de laisser ignorer aux auteurs le censeur de leurs ouvrages et le motif du refus ^.
française, força, par ses tracasseries, Lefuel de Méricourt à abandonner le Journal de théâtre.