I. Œuvres de Voisenon, Paris, 1781, tome IV
sentiments d'admiration pour cet ancêtre littéraire. Et voici comment il décrit l'intérieur du vieux poète : «. Je vis une chambre dont les murailles étaient nues ; un grabat, deux tabourets, sept à huit fauteuils déchirés et délabrés composaient tout l'ameublement. J'aperçus, en entrant, une figure féminine haute de quatre pieds et large de trois, qui s'enfonçait dans un cabinet voisin. Les chiens s'étaient emparés de tous les fauteuils et grognaient de concert. Le vieillard, les jambes et la tête nue, la poitrine découverte, fumait une pipe.... La femme aux quatre pieds de haut entra sur ses jambes torses. Elle avait le nez le plus long et les yeux les plus malignement ardents que j'aie vus de ma vie. C'était la maîtresse du poète. Les chiens, par respect, lui cédèrent un fauteuil. * » — A soixante-quinze ans, Crébillon n'avait pas encore fini de se débattre contre ses créanciers. En 1749, certains d'entre eux avaient saisi sa part d'auteur entre les mains des comédiens : il protesta et fit si bien qu'il obtint un arrêt du conseil qui déclarait insaisissables « les fruits des productions de l'esprit humain ». 11 fut, paraît-il, très fier de cette victoire; en obtenant cet arrêt, il se flattait d'avoir rendu un grand service aux gens de lettres. Sans s'associer à la véhémente indignation que Collé montre à ce sujet ^, on peut trouver que le vieux bohème en prenait un peu trop à son aise avec la probité courante. D'autres, de réputation moindre, et que ne soutinrent pas de grands succès, mais qui, pourtant, avec quelque conduite, auraient pu avoir une existence décente, végétèrent dans le dénuement ; la misère leur fit connaître ses laideurs, ses cruautés et poussa même cer-