‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 101 sur 186 · Journal et Mémoires, I · texte numérisé non relu

Journal et Mémoires, I

tains d'entre eux à une fin tragique. L'auteur de V École des Bourgeois, d'Allainval, était parfois sans gîte et faisait alors sa chambre à coucher d'une de ces chaises à porteur qui stationnaient au coin des rues. La fin du joyeux Panard eut quelque chose de sordide : « Son incurie pour les biens de ce monde était inconcevable, dit Collé; il mangeait, à mesure, au cabaret, cinq à six mille francs que ce spectacle [l'Opéra comique] lui rapporta par an pendant une vingtaine d'années. Lorsque cette ressource lui manqua, quelques amis le logèrent, souvent l'habillèrent, et ils ont eu soin de lui jusqu'à sa mort, mais mesquinement, à la vérité; car j'ai vu ce pauvre diable, il y a cinq ou six ans, logé dans un grenier obscur, dans lequel on n'aurait pas voulu nicher un domestique J'imagine que les autres secours

qu'on lui donnait étaient pleins de pareils dégoûts*. » — Fagan sombra dans un demi-hébétement: « Ce garçon, qui avait un talent supérieur pour la comédie, s'était laissé abrutir par le vin, la crapule, la mauvaise compagnie et la misère La plus déplorable conduite l'avait

mené insensiblement à la plus extrême misère ; et, comme il n'avait aucun courage, il était devenu d'une bassesse qui lui faisait demander l'aumône ^ » — Guyot deMerville,qui avait fui ses créanciers sur tous les chemins de l'Europe, vint enfin s'échouer à Genève. Il sollicita l'appui de Voltaire; mais Voltaire, qu'il avait attaqué jadis, ne lui fit qu'une réponse polie et froide. Mors le malheureux, las de son mauvais destin, alla se noyer et son corps fut retrouvé près d'Évian^.

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