I. Correspondance de Grimm, VI, 3oo
a. Lettre à Thieriot, 28 janvier 1787.
LES HOMMES DE LETTRES DANS LA VIE PRIVÉE l'jb
et quelque mesure. Les besogneux et les irréguliers en usaient et en abusaient effrontément. S'il réussissaient à se faire imprimer, ils ne laissaient à personne le soin de « lancer « leur livre, et ils en faisaient eux-mêmes l'extrait, comme on disait alors. Yoici comment Baculard annonçait dans l'id wani-Coureur la deuxième édition prétendue de son drame du Comte de Comminges : « Nous nous empressons d'annoncer la deuxième édition de ce drame que le public a déjà vu avec tant de plaisir ; les corrections que l'auteur vient d'y faire lui assurent de nouveaux applaudissements. Le véritable génie, toujours modeste, se contente difficilement et cherche toujours le mieux \ » Non moins impudent, La Place, «s'avisa quelque temps après qu'il eut débuté dans la littérature d'un stratagème assez singulier. Il se cacha dans une province et fit écrire à Paris qu'il était mort. Cette nouvelle fut mise dans les feuilles de l'abbé Desfontaines, avec une lettre d'un prétendu ami de M. de La Place, qui s'étendait sur la perte que les lettres venaient de faire dans la personne d'un jeune homme de si grande espérance ; mais le secret fut découvert presque aussitôt, et il se trouva que c'était M. de La Place lui-même qui avait écrit à l'abbé Desfontaines et qui avait fait son oraison funèbre ^ » Au reste, cette réclame macabre ne porta pas malheur à La Place qui, né en 1707, vécut jusqu'en 1798, et qui se décorait, dans ses dernières années, du titre de doyen des hommes de lettres.
Nos gens se montraient aussi fort experts à inventer des titres charlatanesques, comme « ces empiriques qui prennent un habit doré pour faire mieux valoir leurs dro-