d., VIII
3. Journal de la Cour et de Paris dans la Revue rétrospective, tome VI, 2« série.
que, pour s'enrichir, il ne fallait pas faire des livres, mais en imprimer. » Encore ceux-là s'en tinrent-ils à être des fripiers de littérature. Mais il y eut aussi une légion de spéculateurs qui exercèrent un véritable brigandage et qu'il faut tenir pour des écumeurs. Brissot fut une de leurs victimes et a montré comment ils exploitaient le public*.
Quoi qu'ils fissent, les gens de lettres estimables ne pouvaient guère éviter de se trouver plus ou moins en contact avec ce monde interlope ; et cela seul était déjà déplaisant pour eux. De plus, comment n'auraient-ils pas éprouvé un sentiment pénible à voir ainsi compromis l'honneur de leur profession ?
Mais quel remède à ce mal ? Il y a, a-t-on dit, « un point d'honneur qui, par intérêt et par amour-propre, porte les compagnies ou corps à exercer une action de police sur la moralité de leurs membres ». Parmi les gens de lettres, cette discipline n'existait pas, ne pouvait pas exister, comme Mercier l'a constaté, non sans regrets
Il est vrai : les honnêtes gens de la littérature ne pouvaient exercer une contrainte positive sur des confrères indignes. Pourtant, à la longue, il se forma parmi eux un courant d'opinion assez fort pour que les choses en fussent modifiées en quelque mesure. Et d'abord, ils s'interdirent d'avoir pour la bohème la complaisance à laquelle ils avaient cédé parfois, séduits par ce qu'elle a de fantaisie. En 1760, Diderot s'égayait encore à se rappeler les gamineries de l'abbé de La Mare : « . . . l'auteur de Zaïde, ce petit abbé de La Mare, qui n'avait pas un