Correspondance de Grimm, X
que chez ses amis particuliers ou à son café*. » Ces habitudes disparaissent dans la seconde moitié du siècle. « Je ne crois pas, dit Duclos dans ses Mémoires, que ces cafés soient aujourd'hui sur le même pied. Il y a plus de trente-cinq ans que je n'y suis entré et je n'entends citer personne de connu dans les lettres qui s'y rende » . II est manifeste, en somme, que les littérateurs de quelque réputation eurent de plus en plus souci de leur respectabilité, qu'ils mirent de plus en plus à l'écart ceux qui pouvaient les commettre: de plus en plus ils se tiennent sur le quant-à-soi. Ce ne fut pas en vain que Voltaire écrivit son Pauvre Diable. Si ses traits n'exterminèrent pas la bohème, s'il y eut toujours des « écumeurs des bourbiers d'Hélicon », du moins ces gens-là firent-ils moins de bruit et s'étalèrent-ils moins ; et, en même temps les écrivains connus se surveillaient davantage, se gardaient mieux des excentricités de conduite et de tenue. Il y eut là une petite révolution dont il faut tenir compte et dont l'opinion publique, en jugeant la vie privée des gens de lettres, ne put manquer de s'apercevoir.
Une autre remarque qu'elle put faire, c'est que, parmi les écrivains qui se firent connaître avant 1760, le célibat avait été fort en faveur. Ils suivaient ainsi l'exemple et la leçon de Fontenelle dont Trublet dit qu'en ne se mariant pas et en n'ayant jamais songé à se marier, il donna une preuve de plus de sa sagesse. Voltaire, les deux Rousseau, d'Alembert, Clairaut, Duclos, La Chaus-