‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 12 sur 186 · L'Espion anglais, Londres, 1788, V · texte numérisé non relu

L'Espion anglais, Londres, 1788, V

2. Lettre du chancelier Maupeou à M. de Sartines, 8 déc. 1773. Mss. français, 22017.

l6 LES HOMMES DE LETTRES AU XVHl* SIÈCLE

<( Il eut l'humiliation de voir abrogé, sur les plaintes générales... ce règlement... qui le rendait le despote de la librairie*. » N'importe : la voie d'appel n'était pas pour les hommes de lettres une garantie suffisante contre les erreurs ou les injustices que les censeurs pouvaient commettre, d'autant que, lorsqu'elles étaient reconnues €t manifestes, il n'y avait, pour les punir qu'une sanction illusoire : atteint et convaincu d'étourderie ou de partialité, un censeur en était quitte pour une réprimande de son chef et, dans les occasions d'une gravité exceptionnelle, on le rayait de la liste. Il faut entendre, d'ailleurs, que les cas graves n'étaient point ceux où quelque homme de lettres se trouvait lésé ; c'était quand le censeur, par inadvertance ou manque de discernement, avait laissé passer une allusion irrévérencieuse, une attaque plus ou moins vive contre les actes du gouvernement ou les personnes en faveur et les hommes en place. Si l'approbation du censeur eût constitué une sûreté pour les écrivains, ils eussent eu du moins une compensation aux ennuis et à la gêne que leur causait la censure ; mais point. Un livre avait beau paraître muni de l'approbation exigée ; s'il provoquait des plaintes, qu'elles vinssent de la Sorbonne, de l'archevêque de Paris, du Parlement, des ministres, des représentants des cours étrangères, des particuliers, l'auteur, en dépit du laisser passer du censeur, courait toujours le risque de Toir son privilège annulé, son livre supprimé ou suspendu, et d'être inquiété lui-même. On sait assez les traverses par où durent passer Bufibn, Helvétius, Marmontel, le marquis de Mirabeau qui, tous pourtant, s'étaient mis en règle.

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