Journal de Hardy (Mss. fr., 6682, fol
l86 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIII^ SIÈCLE
ma nièce très aimable, comme elle était, et capable de faire le bonheur d'un honnête homme. Elle était, en effet, d'une très jolie figure, fort bien faite, d'un bon caractère, d'un esprit piquant, d'une âme vive et sensible. Ma nièce, de son côté, trouvait M. Marmontel
fort à son gré Le mariage fut conclu et célébré
[177^]* ». Et ce fut une union parfaite. Marmontel, assagi, comme il convenait à un homme de cinquantedeux ans, fut un époux modèle.
Mais c'est surtout le ménage Suard qu'il faut rappeler ; car on peut dire qu'il a vraiment fait époque.
Le libraire Panckoucke avait une sœur fort jolie et qui « avait beaucoup cultivé son esprit, dès l'enfance ». Les gens de lettres, qui fréquentaient chez son frère, ne lui ménageaient pas leurs hommages ; ceux de Suard lui devinrent vite agréables entre tous et, entre elle et lui, se forma bientôt un projet de mariage. Pourtant, dans leur entourage, ils ne trouvaient guère d'encouragement. Panckoucke estimait que Suard, pauvre et de santé délicate, n'était pas un bon parti pour sa sœur; M™^ Geoffrin tremblait à l'idée que Suard pût épouser une femme sans dot et Diderot, prudent pour les autres, voulait remontrer à son ami les risques qu'il allait courir : « Je l'invitai, écrit-il à M"^ Yolland, à venir passer une matinée chez moi où nous causerions plus à notre aise d'une affaire qui demandait d'autant plus de réflexion qu'elle ne laissait à l'homme malheureux
aucune ressource ; il me promit et ne vint pas Il a
peu de fortune ; ce qu'il en a est précaire ; elle n'en a, elle, ni précaire ni autre. 11 est paresseux, fastueux, élégant, généreux ; elle est jeune, folle, gaie, dissipa-