‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 113 sur 186 · I. Mémoires de Morellet, I, a · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Morellet, I, a

trice, fastueuse, élégante. Les enfants viendront. Plus j'y réfléchis, plus cet homme me paraît perdu. Grimm prétend que, s'il n'est pas noyé, ce n'est que partie remise ^ » En dépit de tout et de tous, le mariage se fit le 17 janvier 1766. Le désintéressement des deux époux, le charme de la jeune femme, sa distinction naturelle et sa culture, mirent bientôt le petit ménage à la mode. Les sociétés élégantes, où Suard était goûté, jugèrent que la compagne qu'il venait de prendre pouvait être reçue, sans paraître déplacée ; et M™* Suard alla dans le monde avec son mari. C'était quelque chose de tout à fait nouveau ; environ le temps où Suard se mariait, Duclos faisait la remarque que voici : « Ce que je dis de la faciUté des relations ne regarde que les hommes. Les femmes, qui sont partout les conservatrices de la vanité, admettraient un homme dont elles ne recevraient pas la femme. Il faut plus d'égalité d'état pour qu'elles se voient familièrement. Une seule chose établit l'équilibre avec la naissance, le titre et le rang : c'est l'opulence '. » Et, enefifet, tandis que les gens de lettres « allaient dans le grand monde, parce qu'ils pouvaient y aller sans être riches, leurs femmes, ne pouvant y paraître sans être ruinées ou éclipsées », y étaient inconnues. « Leurs maris, pensant à elles et à leurs petits ménages, dans ces cercles brillants, pouvaient dire comme ce personnage de Destouches :

Ici, je suis garçon ; là, je suis marié ^. » C'est pour M™* Suard que cessa cette espèce d'exclu-^'*» -1

Page 1