‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 116 sur 186 · I. Lettres morales el critiques, Krasterâdim · texte numérisé non relu

I. Lettres morales el critiques, Krasterâdim

la sienne : « Cet homme, disait-elle, croit apparemment que les hommes de lettres font vœu de pauvreté *. » M™* de Tessé parlait ainsi, parce qu'elle avait, on ne l'ignore pas, des idées fort avancées, comme nous dirions. Mais, si elle eût entretenu de cette affaire les gens de son monde, elle aurait pu se convaincre que beaucoup pensaient tout justement comme le commis de Choiseul.

Voilà pourquoi d'Alembert, dans le temps même qu'il prêchait la pauvreté aux gens de lettres, avait soin de faire une réserve : « Quand je dis que la pauvreté doit être un des mots de la devise des gens de lettres, je ne prétends pas qu'ils soient obligés d'être indigents, comme ils le sont d'être vrais et libres, et que la pauvreté doive être un attribut essentiel de leur état ; je dis seulement qu'ils ne doivent pas la redouter. Il serait même injuste de leur interdire les richesses. Et pourquoi un homme de lettres n'aurait-il pas le même droit à l'opulence que tant d'hommes inutiles ou nuisibles à la patrie, dont le luxe scandaleux insulte à la misère publique*. » Voilà pourquoi, vers 1780, Ghamfort écrivait sur un ton d'impatience irritée : « J'ai toujours été choqué de la ridicule et insolente opinion répandue presque partout, qu'un homme de lettres qui a quatre pu cinq mille livres de rente est au périgée de la fortune Qu'est-ce qu'un homme de lettres selon le

fait établi dans le monde ? C'est un homme à qui on dit : Tu vivras pauvre et trop heureux de te voir cité quelquefois ^ »

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