‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 119 sur 186 · I. Correspondance de Grimm, X, lo · texte numérisé non relu

I. Correspondance de Grimm, X, lo

Pellisson. i3

Tout au début du xviii® siècle se place l'affaire des couplets satiriques contre les habitués du café Laurent, affaire vilaine en elle-même et déplorable par ses suites : Rousseau banni et déshonoré, Saurin mal justifié des imputations portées contre lui, le groupe des gens de lettres éclaboussé et sali plus ou moins. Puis ce sont les démêlés de Voltaire avec J.-B. Rousseau, Desfontaines, Maupertuis, La Beaumelle, Le Franc de Pompignan, Fréron, J.-J. Rousseau, sans parler de Nonotte, Patouillet, Chaumeix, Goger, Riballier et autres ; c'est le scandale des Philosophes et de V Écossaise ; c'est la brouille retentissante de Jean- Jacques et de Diderot. Et, tandis que les illustres sont ainsi aux prises, les personnages du second plan ne se montrent pas d'humeur plus pacifique : c'est Marmontel qui provoque Fréron au foyer de la Comédie-Française et parle de mettre flamberge au vent*; c'est Blin de Sainmore qui, mécontent de

I. V. la thèse de M. Lenel sur Marmontel, p. io3 (note), Paris, igo2.

RAPPORTS DES HOMMES DE LETTRES ENTRE EUX IqB

Farticle du Mercure où La Harpe a maltraité son Orphanis, bourre le critique de coups de poing « et le sauce un peu dans le ruisseau * » ; c'est Saint-Ange qui, en plein café Procope, embourse des soufflets comme réplique à une de ses épigrammes, etc., etc. Tous ces faits, entre beaucoup d'autres, disposent à croire que la gent littéraire, en ce temps-là, fut volontiers hargneuse : que l'idée soit alors venue d'écrire l'histoire des querelles littéraires , c'est ce qui ne semble pas fait pour surprendre.

Oui, mais lorsqu'on parcourt les quatre volumes de l'abbé Irailh* et son continuateur, Aublet de Maubuy % on s'aperçoit tout de suite qu'avant le xvin® siècle ces sortes de querelles n'étaient pas non plus une rareté ; que, si elles firent moins de bruit, c'est que les gens de lettres se répandaient moins, vivaient plus à l'écart et que, d'ailleurs, les journaux, plus rares, moins bien informés, ne se tenaient pas encore à l'affût de tout ce qui pouvait causer du scandale. On remarque en outre que, si malaisé que cela paraisse, le sarcasme et l'invective avaient été jadis poussés encore plus loin que par Voltaire ; que, par exemple, Montmaur, en son temps, fut plus outrageusement vilipendé que Fréron* ; et l'on en vient à se demander si — du moins dans l'ensemble — l'indécence et la grossièreté des démêlés entre gens de lettres ne se sont pas atténuées au xviii® siècle. On ne peut pas non plus ne pas être frappé de la portée nouvelle que ces querelles prennent souvent alors : elles ne

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