I. Moreau, Mes souvenirs , Paris, i8g8, II
Il convient, malgré tout, de ne rien exagérer et Ton commettrait une erreur et une injustice en pensant que les censeurs étaient tous gens ignorants, légers, tracassiers ou partiaux. Il y a au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale trois volumes (Manuscrits français, 2 20i/i-2 20i6) qui contiennent des rapports de censeurs (de 1769 à 1788). Sans doute les ouvrages dont ils rendent compte traitent pour la plupart de matières (droit, médecine, économie domestique, agronomie, technologie, archéologie) qui ne sont pas entre les plus épineuses. On voit pourtant que ces examinateurs sont gens capables de donner en conscience un avis sensé. Seulement on voit aussi qu'ils sont timides, soucieux avant tout de n'avoir pas d'affaires et que, pour ne pas se compromettre, ils pèchent volontiers par excès de prudence, c'est-à-dire de rigueur. Un d'eux, à qui l'on a soumis le manuscrit des Grands jours d'Auvergne, refuse son approbation, ne jugeant pas assez révérencieuses les appréciations sur certains personnages : « Les magistrats ne sont pas épargnés: on représente M. Fortia, intendant d'Auvergne, comme un libertin décidé à qui on attribue des intrigues avec plus d'une personne et notamment avec sa parente. M. Joachim et M. Louis d'Estain, successivement évêques de Glermont, n'y sont pas peints avec le caractère de l'épiscopat. » Gela suffit pour convaincre notre homme que ce livre ne saurait être l'œuvre de «l'illustre M. Fléchier, évêque de Nîmes* ». Un autre a lu avec estime des Dissertations sur les parties les plus intéressantes du droit public en Angleterre, par un certain M. Petit. Mais il y a une troisième partie (( qui pourrait déplaire, et peut-être beaucoup, à mes-