I. Cette souscription était de 5oo livres
pas assez riches pour imiter ses libéralités, suivirent heureusement son exemple en mettant au service de leurs confrères l'influence qu'ils pouvaient avoir. Montesquieu n'était pas lié avec Piron ; mais, quand Boyer eut fermé à Piron les portes de l'Académie, Montesquieu s'employa vivement pour faire donner au poète une pension du roi^ Duclos et Collé se connaissaient à peine : mais Duclos fait de pressantes démarches près de l'abbé de Bernis pour que Collé réussisse dans une afi'aire qui l'intéresse ^ — Dans sa correspondance avec Frédéric II, que de chaudes recommandations d'Alembert adresse BU roi en faveur des gens de lettres : un jour (9 octobre 1772), c'est Suard, un autre (27 novembre 1777), c'est Delisle de Sales, un autre encore (i^ décembie 1781), c'est Sélis, sans parler de ses interventions pour le compte d'écrivains moins connus.
Ce qui est aussi bien frappant, c'est^la disposition qui se manifeste dans le monde des lettres à faire cause commune avec ceux qui sont poursuivis ou frappés. L'Esprit d'Helvétius n'était pour plaire ni à Voltaire, ni à Rousseau, ni à Diderot, ni à d'Alembert, ni à bien d'autres, comme l'auteur put s'en convaincre plus tard ; mais du jour où il fut inquiété, on s'abstint de toute critique ; « tout ce qui avait des talents se rangea autour d'Helvétius' ». Quand on enleva la direction du Mercure à Marmontel (1760), le brevet de ce journal fut offert à l'abbé Barthélémy ; Barthélémy ne voulut pas de ces dépouilles, et l'on sentit sans doute qu'aucun
1. Voir la lettre qu'il écrivit à M^^ de Pompadour dans les Œuvres complètes, VII, 4o8.