Mémoires sur Suard y par Garât, I, a
homme de lettres ne les accepterait, car Marmontel eut pour successeur un certain Lagarde, personnage incapable et décrié, que Ton appelait Lagarde-Bicêtre*. Suard montra plus tard, en une occasion semblable, la même délicatesse que Barthélémy. Les éditeurs du Journal de Paris, ayant inséré dans leur feuille une chanson du chevalier de Boufïlers sur une princesse étrangère, apparentée à la cour, Louis XVI, irrité, donna l'ordre de leur ôter leur privilège. Le garde des sceaux, Miromesnil, fit alors venir Suard pour lui proposer la propriété du journal. Suard refusa, et proposa, pour rassurer le ministre, de se charger de la censure de cette feuille. (( Il fut proposé au roi comme l'homme en qui M. Miromesnil avait la plus parfaite confiance. Le roi l'accepta et le garde des sceaux, en rendant le privilège aux auteurs, ne leur cacha point qu'ils le devaient au refus de M. Suard ^. » — En 1784, Brissot, soupçonné d'être l'auteur de certains libelles publiés à Londres, avait été mis à la Bastille ; quand il en sortit après deux mois, sa liberté fut due, dit-il, « à la chaleur de quelques amis précieux. . . au cri presque universel des gens de lettres, même de ceux que je connaissais alors à peine, et qui réclamèrent hautement la fin de ma captivité^ ». Tout cela prouve assez que la confraternité littéraire n'en est plus à naître. Mais il y a plus : en certaines occasions, on la vit prendre le pas sur les rancunes et les inimitiés personnelles. Après l'arrêt du Parlement contre les Lettres philosophiques de Voltaire (10 juin 1734), un libraire, qui savait combien Voltaire était antipathique à