‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 123 sur 186 · Mémoires de Brissot · texte numérisé non relu

Mémoires de Brissot

Marivaux, jugea que l'occasion était bonne : il demanda à Marivaux d'écrire une réfutation du livre condamné. Bien qu'un bon prix lui fût offert, Marivaux refusa*. — Quand parurent les Philosophes de Palissot, c'était au lendemain de la grande brouille de Diderot et de Rousseau : Palissot crut faire sa cour à Jean- Jacques en lui adressant, par l'intermédiaire du libraire Duchesne, la brochure de sa pièce où Diderot était si fort malmené : « Mes entrailles s'émurent, dit Rousseau, à la vue de cette odieuse pièce; je n'en pus supporter la lecture », et il la retourna à Duchesne sur-le-champ : « Je suis persuadé, lui écrivait-il, qu'en me l'envoyant vous n'avez pas voulu me faire une injure; mais vous ignorez ou vous avez oublié que j'ai eu l'honneur d'être l'ami d'un homme respectable, indignement noirci et calomnié dans ce libelle^. » — Il n'est pas jusqu'à La Harpe, si agressif, toujours mordant, toujours mordu, qui ne se soit montré, au moins une fois, excellent confrère. Il avait eu à maintes reprises maille à partir avec Dorât et l'exécrait de tout son cœur. Or on vint un jour lui offrir des papiers fort compromettants pour le galant poète : satires grossières contre l'Académie, correspondance avec une femme mariée. La Harpe, d'un premier mouvement très honnête, refusa avec mépris ; puis, se ravisant, il se fit remettre le paquet et l'envoya tout cacheté, tel qu'il l'avait reçu, à Dorât en l'informant des circonstances par lesquelles il était venu entre ses mains. « Après de pareils traits, dit Grimm, oserait-on encore accuser les gens de lettres de n'être pas chrétiens^? »

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