Mémoires et Journal du marquis d'Argenson, I
réunis d'eux-mêmes. Ces assemblées qui, sans nul doute, intéressent l'histoire des idées, n'ont servi que de façon indirecte le progrès de la confraternité littéraire.
Mais il nous faut rappeler que, dans la seconde moitié du siècle, quelques hommes de lettres voulurent être les amphitryons de leurs confrères et jouèrent un rôle qui n'avait été tenu jusqu'alors que par les grands seigneurs et les gens de fortune. Grébillon, Voisenon, Lourdet de Santé rre, Laujon, l'abbé Cosson, La Place, Goldoni, recevaient une hospitalité tout aimable dans la maison de Belleville qu'habitaient Favart et sa femme ^ . Garât a longuement parlé des réceptions de M. et M"* Suard^. — D'Alembert aimait, lui aussi, à grouper des écrivains dans Tappartement qu'il occupait au Louvre : « S'il m'est permis de dire mon opinion, écrit Pougens, je puis assurer qu'à l'exception du salon de M™* la maréchale de B(oufiQers), de celui de M"* de T(essé) et d'un très petit nombre d'autres, je n'ai point connu de société où la conversation fût meilleure et plus instructive que chez M. d'Alembert ; il y régnait
un ton excellent Les gens de lettres s'y montraient
doux et modestes; ils instruisaient et ne professaient pas *. » — L'abbé Morellet, qui n'était pas indifférent à la bonne chère, traitait ses hôtes le mieux du monde : « J'avais, dit-il, une société de femmes et d'hommes de lettres qui m'était précieuse et que je cultivais depuis plus de douze ans. M™^ Suard, M™« Saurin, M'"^Pourat, M"* Boutin, Saurin, Suard, l'abbé d'Arnaud, d'Alembert, le chevalier de Ghastellux, Marmontel, La Harpe,
I. Notice sur la Vie de Favart en tête de ses Mémoires, p. lxix. a. Mémoires sur Suard, I, 344.