‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 128 sur 186 · Lettres philosophiques à Madame · texte numérisé non relu

Lettres philosophiques à Madame

Delille, se rassemblaient chez moi le dimanche où je leur donnais à déjeuner avec quelque soin. On causait agréablement, on lisait de la prose ou des vers, on faisait

de la musique * »

Dans toutes ces maisons, le nombre des hôtes était forcément limité. Quelques années avant la Révolution, Grimod de la Reynière imagina d'organiser des réunions qui s'ouvriraient plus largement aux gens de lettres et, en 178/I, il inaugura ce qu'il appelait ses déjeuners philosophiques; ce n'était plus l'hospitalité banale du café, ni l'hospitalité restreinte des maisons particulières, mais quelque chose comme un cercle littéraire : « Ces déjeuners, dit Restif de la Bretonne, sont d'abord uniquement consacrés à prendre du café avec des tartines, du thé au lait, etc. ; quelquefois on y sert des mets plus solides. On converse en déjeunant jusque sur les trois heures ; ensuite les littérateurs lisent leurs ouvrages, et chaque admis a le droit de dire son sentiment ; ce qu'on

fait toujours avec politesse Deux satyres placés dans

la salle d'assemblée distillent la liqueur bouillante qui leur sort de la bouche*. » Mercier, Palissot, Andrieux, Beaumarchais, Ghénier, Fontanes, Vigée, Gollin d'Harleville, Pons de Verdun, Rochon de Ghabanes, Gailhava, Imbert, Murville, Soulavie, etc., fréquentèrent ces réunions ou y parurent parfois. Grimod de la Reynière était, comme on sait, un fieffé original et, dans la façon dont il mena son entreprise, il ne s'interdit pas plus d'une bizarrerie ; mais qu'elle n'ait pas complètement échoué, malgré l'excentricité de son promoteur, n'est-ce pas une

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