‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 130 sur 186 · I. Œuvres complètes, XX, i3o · texte numérisé non relu

I. Œuvres complètes, XX, i3o

PSLLISSON. lA

de pêcheurs, de laboureurs, de jardiniers, de cuisiniers, nous donnera un dictionnaire de poésie, de philosophie, de métaphysique et de morale ^ » N'importe: malgré les applications ridicules qu'on en peut faire, l'idée de la coopération littéraire est désormais vivante.

C'est ce qui explique les tentatives qui ne tardèrent pas à se produire pour créer des milieux où elle pût commodément s'organiser, passer même les limites de la France, et s'étendre à tous les pays cultivés de l'Europe. En 1778, un certain Pahin de la Blancherie, littérateur infime, mais personnage remuant, à imagination vive et chaude, s'avisa de former un centre de réunion pour les lettrés, les savants et les artistes de toute nationalité. Si l'on en croyait Bachaumont, il n'aurait pu obtenir aucun résultat sérieux : « Qu'est-ce que cet agent général des savants, des gens de lettres, des artistes et des étrangers distingués? Un jeune audacieux qui n'est connu par aucun talent. Où tient-il ses assemblées ? Dans un galetas du collège de Bayeux, où il n'y a pas même de chaise*. » Mais la Correspondance de Grimm parle d'un autre ton : « C'est une assemblée qui se tient tous les jeudis soir, à l'ancien collège de Bayeux..., une espèce de rendez-vous public pour toutes les personnes qui peuvent désirer de se rencontrer. On y trouve des littérateurs et des artistes, des livres nouveaux, tant ceux qui paraissent en France que ceux qu'on fait venir des pays étrangers; on y expose des dessins, des tableaux, toutes les productions de l'art qu'on est intéressé à faire connaître... Ces assemblées doivent produire un ouvrage périodique intitulé : Nouvelles de la République des

Correspondance de Grimm, V[, 57.

19 juin 1778.

lettres. On y annoncera tous les détails relatifs à la vie des gens de lettres et des artistes de tous les pays, leurs nominations aux différentes places des corps littéraires, les grâces qu'ils obtiennent, leurs voyages, leur mort.... M. de la Blancherie s'établit le correspondant de tous les gens de lettres et artistes français et étrangers, et de toutes les personnes qui voudront lui communiquer des instructions sur les objets qui entrent dans son plan*. » Malgré ce que dit Bachaumont, l'essai de La Blancherie n'avorta donc pas dès le début. On approuva le dessein qu'il poursuivait: « Ce que j'estime le plus de son plan, écrit l'abbé Mulot, c'est l'assemblée qu'il annonce des savants de tous pays; il ne peut sans doute y avoir rien déplus utile que cette communication des esprits^. » Sur le rapport de Franklin, Leroi, Gondorcet et Lalande, l'Académie des sciences estima que la tentative de la Blancherie était digne d'encouragement^. Mais, après une courte période de réussite, l'entreprise végéta et finit par sombrer ; non pas qu'elle eût cessé de paraître intéressante en elle-même, mais parce que la Blancherie, rogue, suffisant, somme toute assez mal élevé, n'était pas l'homme qu'il eût fallu pour assurer le succès.

On conçoit donc que son échec n'ait nullement découragé Brissot qui, en 1788, projeta de fonder à Londres un établissement qui eût été appelé Lycée et qui aurait eu, lui aussi, pour objet essentiel de favoriser la coopé-

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