Mémoires de Brissot, 3ig
2. Sur ces deux établissements, on consultera avec profit une longue note qui se trouve au tome VI, p. 34i et suiv. des Actes de la Commune de Paris, publiés par Sigismond Lacroix, et aussi le volume de M. Dejob : L'Instruction publique en France et en Italie, Paris, s. d.
RAPPORTS DES HOMMES DE LETTRES ENTRE EUX 2l3
des mémoires de la Société et ceux des correspondants qui voudront en fournir. On se propose de donner de belles éditions d'auteurs devenues rares, etc. Puis on fera ce qu'on pourra'. » Ce qu'on put, ce fut organiser des lectures, des conférences, comme nous dirions; ce qu'on fit, ce fut de l'enseignement. — Il n'en alla pas autrement au Musée français; seulement, Pilatre de Rozier, intendant du cabinet de physique et d'histoire naturelle de Monsieur, orienta d'abord les leçons qui se donnaient dans l'établissement qu'il avait fondé suivant une direction scientifique et technique ; au début, le Musée français ressemblait surtout à une école pratique des sciences, à un Conservatoire des arts et métiers. Mais, assez tôt, la littérature s'y fit une place, lorsqu'il recueiUit quelques dissidents du Miw^e de Court de Gébelin. Après la mort tragique de Pilatre de Rozier (i 5 juin 1785), le Musée français prit le nom de Lycée: ce nom, dit un programme du 12 décembre 1786, « convient mieux à un lieu destiné à des conférences sur toutes les parties des sciences et de la httérature que le nom de Musée qui signifie un cabinet de raretés » . Dès l'abord, il y eut six cours publics : un de physique, un de mathématiques, un de chimie, un d'anatomie, un d'histoire, un de littérature, sans compter quatre cours de langues, anglais, allemand, espagnol, italien. Marmontel était chargé du cours d'histoire avec Garât pour suppléant, La Harpe, du cours de littérature. A peine les leçons commençaient-elles que le Lycée comptait déjà plus de 700 souscripteurs, « et de ce nombre, dit la Correspondance de Grimm, sont les femmes les plus
I. Cité dans une Notice sur Court de Gébelin, par E. Dardier, Nîmes, 1890.
distinguées de la ville et de la cour*. » Ce succès, si éclatant et si prompt, provoqua bien quelques chansons et épigrammes^. Mais ce succès rapide fut aussi durable. Le Ljc^e répondait à un besoin : c'était, dit Sainte-Beuve, « une élégante Sorbonne à l'usage des gens du monde... Pour la première fois en France, l'enseignement tout à fait littéraire commence et se met en frais d'agrément ; pour la première fois, quand on n'est ni frivole ni érudit, et qu'on cherche une juste et moyenne culture, on voit se dérouler des cadres faciles qui étendent et reposent la vue de l'esprit^ ». Alors que l'enseignement supérieur officiel était à peu près inexistant, les gens de lettres, en se groupant, ont créé l'enseignement supérieur libre.
Ainsi les points de contact se multipliaient entre eux ; ainsi ils vivaient de moins en moins à l'état sporadique. Sans doute, ils n'étaient liés vis-à-vis les uns des autres par aucune obligation positive ; mais par leurs rapports dans la vie courante, par leur participation à des entreprises communes, entre eux s'établissait insensiblement une certaine dépendance réciproque. Ce serait trop de dire que de la confraternité et de la coopération littéraires naquit à son tour la solidarité entre gens de lettres; mais, si elle ne se forma pas de façon expresse, encore est-il qu'on en vit au moins quelque ébauche.
N'est-ce pas un exemple de solidarité que donnèrent