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2l8 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIII* SIECLE
mérite qui n'échappa point à Voltaire : « Au sujet près, fecrivait-il à Marmontel, jamais les gens de lettres, dans I aucun pays, n'ont imaginé rien déplus noble. Les douze L-apôtres n'ont pas eu ce courage*. » Cependant, malgré, les difficultés et les risques, l'élan était donné et les gens de lettres seraient venus à eux seuls à bout de leur dessein, ils auraient eu le droit de mettre au socle de la statue l'inscription projetée : « A Voltaire, pendant sa vie, par les gens de lettres ses compatriotes et ses contemporains, » si Voltaire lui-même, un peu peut-être par gloriole et beaucoup sans doute par prudence, n'avait montré le désir que les grands seigneurs et les monarques étrangers fussent admis à souscrire.
Cette solidarité, dont ses confrères lui donnèrent alors
la preuve, Voltaire l'avait toujours appelée de ses vœux:
que les hommes de lettres ne fissent pas un corps,
c'était un de ses regrets : « Le grand malheur d'un
homme de lettres, disait-il, est ordinairement de ne
tenir à rien. Un bourgeois achète un petit office et le
voilà soutenu par ses confrères. Si on lui fait une injus-
( tice, il trouve aussitôt des défenseurs. L'homme de let-
/ très est sans secours ; il ressemble aux poissons volants ;
s'il s'élève un peu, les oiseaux le dévorent ; s'il plonge,
\ les poissons le mangent^. » A défaut d'un corps, qui eût
compris tous les représentants de la littérature, il rêva
longtemps d'une ligue entre « les frères » , les philoso-
/ phes. Il en vantait les avantages à d'Alembert^. C'est là
une idée qui lui est chère: cinq ans durant, de 1768 à
1763, il ne cesse de la prêcher à ses correspondants et,