ao avril
en juillet 1768, bien qu'il n'eût rien gagné, il écrivait encore à Helvétius : « Il paraît absolument nécessaire
que les sages se défendent Ils peuvent former un
corps respectable, au lieu d'être des membres désunis que les fanatiques et les sots hachent en pièces. » Plus tard, après l'affaire du chevalier de La Barre, indigné et peut-être aussi effrayé, il se mit en tête de fonder une sorte^de colonie philosophique : Frédéric lui aurait donné l'hospitalité en son duché de Clèves, où se seraient rendus Diderot, d'Alembert et les autres pour refaire librement V Encyclopédie. Sous cette nouvelle forme, le projet cher à Voltaire n'aboutit pas plus que devant, et, enfin découragé, il écrivait à Damila ville : « Je vous l'ai déjà dit, les plus petits liens arrêtent les plus grandes révolutions. Il y a des monstres qui n'ont subsisté que parce que les Hercules qui pouvaient les détruire n'ont pas voulu s'éloigner de leurs commères*. »
Il semble bien qu'il n'y ait pas lieu de regretter les échecs de Voltaire. Nous lisons dans la Correspondance de Grimm une page où sont fort bien déduites les raisons pour lesquelles la constitution d'un corps de gens de lettres ne paraît pas souhaitable : « Ceux qui en veulent aux philosophes, et qui cherchent à les rendre odieux, leur supposent un plan concerté et suivi, les accusent d'une association qui exécute ses vues, ses plans, ses projets ; et, comme ces accusations se multiplient de jour en jour, les gens de lettres finiront par en être eux-mêmes les dupes : ils se croiront obligés de se liguer entre eux, ils se donneront un air de secte et de clique qui ne servira qu'à rétrécir les têtes, qu'à remplir l'ordre de petits énergumènes qui ne seraient rien