‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 136 sur 186 · I. 9 août · texte numérisé non relu

I. 9 août

2 20 LES HOMMES DE LETTRES AU XVIir SIECLE

s'ils ne faisaient beaucoup de bruit, et qui en écarteront insensiblement les hommes d'un vrai mérite \ »

Ajoutons que, peu souhaitable peut-être, un corps d'homme de lettres n'était certainement pas possible: sans avoir besoin d'alléguer d'autres raisons, n'est-il pas hors de doute que le gouvernement n'eût pas consenti à l'autoriser, et ne savons-nous pas que le « Bureau de législation dramatique », dont l'objet était pourtant modeste et restreint, ne put pas obtenir l'investiture du pouvoir ?

Mais si les écrivains de ce temps ne formèrent pas un corps, du moins il s'établit entre eux une certaine conformité d'idées, une certaine communion de sentiments qui les orientait dans la même direction et donnait de la cohésion à leur groupe. Garât rapporte un propos que Montesquieu, sur la fin de sa vie, aurait un jour tenu à Raynal, Helvétius et Suard : « Allons, Messieurs, leur disait-il, vous êtes dans l'âge des grands efforts et

des grands succès Je suis fini, moi ; j'ai brûlé toutes

mes cartouches ; toutes mes bougies sont éteintes. Vous commencez, vous ; marquez-vous bien le but ; je ne l'ai

pas touché ; je crois l'avoir vu Les nations s'envi

ronnent de luxe des richesses et de luxe d'esprit, et les hommes manquent très souvent de pain et de sens commun. Pour leur assurer à tous le pain, le bon sens et les vertus qui leur sont nécessaires, il n'y a qu'un moyen : il faut beaucoup éclairer les peuples et les gouvernements ; c'est là l'œuvre des philosophes, c'est la vôtre ^. » Philosophes ou non, il semble que les gens de lettres du xvm" siècle aient tous plus ou moins dis-

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