Correspondance, VII, 3i
nue. Par un insensible frottement, il use l'indépendance de l'esprit et l'originalité de la pensée. Rousseau, d'après Mercier, « trouvait que l'homme de lettres était plus fort lorsqu'il restait isolé, que ses compositions en devenaient plus grandes et plus originales, parce qu'il n'avait plus rien à sacrijQer à une opinion toujours dominante, qui tue insensiblement l'audace et la fierté du génie* ». Engagé dans le monde, l'homme de lettres risque de perdre peu à peu sa marque. Il en vient à ne plus écrire, ou à n'écrire que pour se rendre agréable au milieu où il vit et avec le ton qui y règne. Gomme disait Lemierre, il n'a plus de biens au soleil, c'est-à-dire qu'il ne produit plus d'œuvres qui comptent; ses succès ne sont plus d'un écrivain; le monde finit par le prendre tout entier; il n'est plus, en fait, qu'un homme de société ^
Voilà ce que disaient à peu près ceux qui tenaient le inonde en défiance.
En général, on trouva qu'ils étaient trop chagrins. En regard des inconvénients que pouvait avoir le commerce entre gens du monde et gens de lettres, on plaçait les avantages non douteux qu'il offrait. Ces avantages, Duclos les a comme résumés dans un passage de ses Considérations sur les mœurs : « On a, dit-il, gagné de part et d'autre, à cette liaison. Les gens du monde ont cultivé leur esprit, formé leur goût et acquis de nouveaux plaisirs. Les gens de lettres n'en ont pas retiré moins d'avantages. Us ont trouvé de la considération ; ils ont perfectionné leur goût, poli leur esprit, adouci leurs mœurs et acquis sur plusieurs articles des