‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 141 sur 186 · I. Mémoires, II · texte numérisé non relu

I. Mémoires, II

avait donné les Lettre Persanes et préparé, sinon achevé, son livre sur les Romains. Mais Voltaire, très répandu jusqu'aux environs de 1760, n'en composait pas moins sa Henriade,ses meilleures tragédies, son Charles XII, ses Lettres philosophiques, ses Discours sur l'homme y mais Marivaux a écrit ses pièces et ses romans sans cesser d'être l'homme des salons ; mais d'Alembert fréquentait encore chez M"^ du Deffand et dans d'autres bonnes maisons quand il fit la Préface de l'Encyclopédie. Sans peine on en pourrait citer d'autres qui ne manquèrent pas le juste milieu indiqué par Morellet. Morellet lui-même, qui menait la vie de société, trouvait moyen d'être en même temps un laborieux et fécond publiciste, et Lacurne de Sainte-Palaye poursuivit ses longs travaux d'érudition sans renoncer à voir les belles dames dont il aimait à dire que nous vient ici-bas tout honneur.

Ces exemples montrèrent assez qu'il n'était pas impossible de travailler à la fois et d'aller dans le monde.

D'y aller, sans doute; mais d'y réussir? Pris dans leur ensemble, voit-on que les hommes de lettres aient su vraiment s'adapter à ce milieu nouveau pour eux?

Dans la première moitié du siècle, Fontenelle qui, avant Voltaire, fut leur patriarche, leur avait donné l'exemple le meilleur de la conduite qu'ils pouvaient et devaient y tenir. Dans le monde, dit un de ses biographes, « il s'assujettit, jusqu'au scrupule, à tous les devoirs usités, à toutes les bienséances, et même à ce qui en a l'aire » D'après l'abbé Trublet, « il portait dans les compagnies une tête bien libre et bien dégagée des

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