‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 143 sur 186 · Épîires en vers sur différents sujets, Paris · texte numérisé non relu

Épîires en vers sur différents sujets, Paris

allait jusqu'au ridicule. — Un jour, dans un salon, on parlait devant Lemierre d'un événement public important; c^ était rannée de ma Veuve, s'écria-t-iP. Barthe, l'auteur des Fausses Infidélités, fut si fort infatué de lui-même qu'on était sûr, en le flattant, de le faire tomber dans toutes les mystifications. On sait combien La Harpe était plein de son propre mérite : « Toutes les fois que j'ai rencontré cet homme, disait un étranger, il m'a déplu. — Et pourquoi, Monsieur? — C'est que je ne l'ai jamais entendu que soliloquer avec ses talents. »

Il y eut aussi, selon l'apparence, certains hommes de lettres qui, tout en étant modestes pour leur propre compte, laissaient voir quelque fierté de la profession qu'ils exerçaient. C'est évidemment là ce que leur reprochent surtout Walpole et Fréron ; et l'on a, en effet, des raisons de croire qu'ils ne surent pas toujours pratiquer la réserve élégante et le détachement discret de Fontenelle. Mais n'est-il pas vrai aussi que cette façon d'orgueil, tout impersonnel, devenait par là même moins déplaisante? Le monde put en sourire sans en être offusqué. Pour l'expliquer et pour la justifier même, La Harpe a écrit une page ingénieuse et qui, tout compte fait, ne paraît pas manquer de justesse. Il y soutient qu'il n'est pas mauvais, après tout, que les hommes de lettres s'en fassent un peu accroire à eux-mêmes sur l'importance de leur rôle ^

A tout prendre, malgré les critiques de Walpole et de quelques autres, on peut croire, en ne négligeant pas

1 . Anecdote rapportée dans le Spectateur français au xix^ siècle, t. III, p. 224, Paris, 1806.

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