Correspondance littéraire, t. IV, p
certaines réserves, que les gens de lettres du xvin® siècle ont fait bonne figure dans les sociétés de leur temps. Quand Walpole les juge pédants, il subit, qu'il Tait ou non voulu, l'influence de la rancune que M™" du Defland voua à d'Alembert et consorts du jour où ils lui eurent préféré M"* de Lespinasse. Mais lord Chesterfield, qui prétendait à bon droit à la connaissance du monde, les a vus d'un tout autre œil : « Les beaux esprits à Paris, écrit-il en lyôi, sont communément du monde et bien élevés, ce que les nôtres, très fréquemment, ne sont pas*. » Et ailleurs : « Je dois cette justice aux gens de lettres en France qu'ils ne sont pas des ours comme les nôtres. Ce sont des gentlemen. » Vingt-cinq ans plus tard, l'Irlandais Rutlidge constate lui aussi que les écrivains français ne sentent pas du tout le collège : « Toujours aimables et bien accueillis, ils ne traitent, dit-il, aucun sujet avec un air de solennité *. » C'est la même impression que l'Anglais John Moore rapporte du voyage qu'il fit en France en 178 1. Il a trouvé que les manières des gens de lettres « sont, en général, aisées et polies, également éloignées de cette timidité pédantesque que l'on contracte dans la retraite, et de cette suffisance révoltante si familière aux places académiques et aux premières dignités ecclésiastiques. A Paris, les pédants de Molière n'existent plus qu'au théâtre' ». Ces jugements d'étrangers non prévenus, qui ont en quelque façon du recul pourvoir les choses, paraissent, en somme, très voisins de la vérité. Les faits, du moins,