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II, A

LES HOMMES DE LETTRES ET l'oPINION PUBLIQUE 289

« des maréchaux de France, des ducs et pairs, des évêques, les premiers magistrats ». Après cela, on peut croire au propos que Vauvenargues dit avoir entendu dans une maison bourgeoise : « On parle d'un poète qui honore son siècle, qui, d'ailleurs est un homme riche, et qui ne vit point avec la bourgeoisie ; le fils d'un notaire royal dit froidement que c'est un homme qu'il faudrait chasser de Paris, et faire sortir d'une bonne maison par les fenêtres ^ . »

Cette défaveur, attachée à leur profession, les écrivains la sentaient avec plus ou moins de vivacité ou d'amertume ; mais tous s'en rendaient compte. — Montesquieu avait chargé, en son absence, l'abbé Quesnel de surveiller l'éducation de son fils qu'il avait placé au collège d'Harcourt : « Revenu à Paris, il n'eut rien de plus pressé que d'aller demander des nouvelles du jeune

homme au digne ecclésiastique « Ses mœurs? —

« Ne laissent rien à désirer. — Son caractère .►^ — Doux « et liant ; tous ses camarades le chérissent. » Jusque-là sa tendresse paternelle semblait jouir de la satisfaction la plus entière. L'abbé crut y ajouter encore en lui apprenant que ses maîtres étaient infiniment contents de son application, qu'il avait beaucoup de goût pour les sciences A ce mot, M. de Montesquieu pâlit, se jeta dans

un fauteuil avec toutes les marques du plus profond désespoir : « Ah ! mon ami, vous me tuez ; voilà donc toutes mes espérances perdues ! Vous savez quel projet j'avais formé pour cet enfant, la charge que je lui destinais ; c'en est fait ; il ne sera jamais qu'un homme de lettres, un original comme moi ^ » Tout n'est pas

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