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Correspondance de G ri mm, XI

24o LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl^ SIECLE

joué dans ce désespoir de Montesquieu ; et, s'il y a une part de jeu, c'est qu'il n'est homme de lettres qu'à demi, ou, pour parler plus juste, qu'il n'est pas homme de lettres seulement. Mais Voltaire a beau avoir de la for- : tune et de brillantes relations, il éprouve une réelle irri- 1 tation quand il se plaint que « trop d'avilissement est I attaché à cet état équivoque^ ». Voyez, d'ailleurs, com- ' ment, dans le sanctuaire même des lettres, à l'Académie française, il est parlé de la profession littéraire par un homme qui avait été l'ami de Racine et de Boileau : « Malheureux ceux qui s'engagent témérairement dans une carrière si ingrate et si dangereuse ! Citoyens inutiles à leur patrie, à leurs amis et à eux-mêmes; sans industrie, sans profession réglée, sans occupation, ou se faisant des occupations pires que l'oisiveté ; courant sans cesse après une gloire qui les fuit ; attendant toujours des récompenses qui n'arrivent jamais ; ils passent leur vie à maudire l'ingratitude du siècle, le mauvais goût des lecteurs, et parviennent enfin à une vieillesse indigente, qui est la honte et la peine de leur inutilité^. » } Sans doute Valincour a surtout affaire ici aux « fruits secs » de la littérature; mais ce n'était pas à eux seuls que pouvaient s'appliquer ses paroles.

Ainsi ravalés dans l'ordre social, comment les gens de lettres auraient-ils songé à agir sur l'opinion publique? Et, du reste, lorsque le xviii^ siècle commence, l'opinion publique existe-t-elle ? Elle se forme de jour €n jour, il est vrai, mais n'est pas formée encore. Il faudra que le système de Lavs^, en bouleversant les for-

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