Lettre au président Hénault, 26 juillet
2. Discours prononcé le 28 décembre 1724 à la réception du président Portail.
LES HOMMES DE LETTRES ET l'oPOION PUBUQUE 24 1
tunes et en mêlant toutes les conditions dans la fureur commune de l'agio, vienne ébranler les barrières qui séparaient les diverses classes et en prépare la fusion ; il faudra que cette aventure éclaire d'un jour cru le lien qui fait dépendre les biens des particuliers du gouvernement général, pour que les Français se mettent à s'intéresser aux questions de politique et d'administration ; il faudra que les œuvres de Bayle, de Spinoza, de Locke, des libres penseurs d'Angleterre aient eu le temps de faire leur chemir^pour que s'éveille le goût d'examen en matière de religion, de philosophie, de morale ; il faudra les années pacifiques du ministère de Fleury pour que la noblesse, réduite à l'oisiveté, éprouve peu à peu un besoin d'instruction et de culture qui ne tardera pas à se développer de proche en proche.
Quand ces progrès auront été accomplis, quand les différences de mœurs qui caractérisaient chaque classe et la maintenaient dans ses limites propres se seront de plus en plus effacées, alors il y aura dans la nation un milieu nouveau que le comte de Ségur a caractérisé à merveille*.
C'est, quand le premier tiers du siècle fut passé que se constitua un milieu nouveau oii l'égalité de culture précéda l'égaHté politique et où les esprits, à tous les étages, étaient occupés des mêmes objets généraux. Et, c'est alors que, par une suite naturelle, l'opinion publique naquit et se développa. Bon observateur en ces matières, d'Argenson, aux environs de 1760, note qu'elle a déjà pris force et vigueur : « Il y a cinquante ans, le public n'était aucunement curieux des nouvelles d'État. Aujourd'hui chacun lit sa Gazette de Paris, même dans