Les Caractères, par M»»* de Puisieux, p. 79, Paris
2. « Très humbles et très respectueuses remontrances que présentent au roi... les gens tenant sa cour au Parlement, » dans le Journal de Barbier, V, 196 et suiv.
achevé d'avilir cette puissance *. » Ainsi les deux partis disputaient sur les causes ; ni l'un ni l'autre ne niait les effets; ils étaient trop manifestes.
Cependant, d'un mouvement continu, très lent encore sans doute, déjà sensible pourtant, les hommes de lettres commençaient à se tirer de l'humilité où ils avaient été relégués jusqu'alors. Les lois prohibitives et répressives sur la librairie, c'est-à-dire sur la presse, subsistent, il est vrai, dans toute leur rigueur ; mais, parle fait seul que le nombre des ouvrages publiés augmente sans cesse, l'autorité ne peut pas toujours assurer la complète application de ces lois ou est contrainte d'y apporter des tempéraments; d^autre part, en 1760, Malesherbes prend la Direction de la Librairie avec le dessein de faire sentir le moins possible aux écrivains les liens où ils sont tenus. — Ils n'ont pas cessé d'être victimes de l'exploitation à laquelle les libraires les ont soumis ; mais ils ne s'y résignent plus aussi aisément ; quelques-uns d'entre eux ont élevé des protestations et des plaintes qui éveillent de l'écho. S'ils n'ont pas engagé ouvertement la lutte contre les comédiens, on sent qu'ils s'y préparent ; elle couve sourdement ; de plus en plus les gens de lettres font voir qu'ils se sentent spoliés, qu'ils ne veulent plus l'être, qu'ils prétendent que leur travail puisse leur assurer l'indépendance de la vie matérielle. Ils n'ont pas conquis la considération sociale ; mais c'est un but qu'ils visent manifestement et, vers lequel, par cela même, ils s'acheminent. Les salons s'ouvrent à eux et on les y reçoit, non en spécialistes, mais en gens du monde. Chez M™* de Tencin, ils fréquentent avec des financiers,
I. Apologie de l'abbé de Prades dans les Œuvres de Diderot, I,
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des courtisans, des militaires, des hommes de robe ou d'Église et tous, nous dit-on, « y recevaient le même accueil courtois et y fraternisaient dans un même sentiment de respect pour V égale dignité des intelligences * » . Le mot homme de lettres qui naguère ne désignait qu'une qualité, qui s'appliquait à tout homme qui avait 1^ des lettres 2, commence à être réservé pour désigner ' ceux qui font profession d'écrire et de publier. Etre auteur cela jadis n'était ni une situation, ni un titre. i Le sieur Garel de Sainte-Garde se défendait vivement contre ceux qui voulaient le faire passer pour tel, parce que, disait-il, « on l'a élevé dans cette créance qu'il fallait qu'un homme d'honneur eût toujours quelque situation petite ou grande dans l'État et qu'il évitât comme la dernière des disgrâces de vivre oisif et sans emploi^. » Mais, au milieu du xviii* siècle, les choses ont changé. En 1754, Rémond de Saint-Sauveur publie un Agenda des auteurs *, et voici ce que l'on y peut lire : « Etre auteur, c'est un état aujourd'hui, comme d'être militaire, magistrat, ecclésiastique ou financier Quoique
cet état fasse une classe particulière dans la société, cela n'empêche pas ceux des autres classes de vouloir y être admis : l'officier, par exemple, fait des livres aujourd'hui
et, souvent, ne sait pas faire l'exercice »
En même temps qu'ils se sentaient ainsi portés en avant, les gens de lettres ne pouvaient pas ne pas s'aperce-