‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 154 sur 186 · Paris · texte numérisé non relu

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voir du recul des anciennes puissances sociales. Témoins aussi de l'avènement de l'opinion publique, ils comprirent que la cour, le ministère, la noblesse, la magistrature, l'Église, n'étaient plus en état d'avoir prise sur elle et qu'il y avait là en quelque sorte une direction à prendre. Rien ne leur défendait d'avoir cette ambition et, en fait, on put voir bientôt que, pour la plupart, ils en étaient animés. Le temps est loin où Malherbe et Boileau déclaraient sans façon qu'un poète est utile à l'État à peu près autant qu'un joueur de quilles. Quand est venu le milieu du xviii* siècle, il n'est pas de faiseur de vers qui consentirait à être tenu pour un simple amuseur: on croit que, dans tous les genres, il y a place pour des préoccupations d'intérêt public, et les œuvres se multiplient où il n'y a plus de place que pour les préoccupations de cet ordre. Si bien qu'on les considéra comme partie intégrante du rôle de l'homme de lettres. Garnier proteste contre l'opinion des gens à la mode qui « n'imaginent dans l'homme de lettres que l'homme amusant et le beau diseur » . C'est la même idée qu'exprimait Thomas, quand il prit séance à l'Académie française le 22 janvier 1767. « Ceux qui gouvernent les hommes, disait-il, ne

peuvent en même temps les éclairer On a donc établi,

on a protégé partout une classe d'hommes dont l'état est de jouir en paix de leur pensée, et le devoir, de la

rendre active pour le bien public La gloire de

l'homme qui écrit est de préparer des matériaux utiles à l'homme qui gouverne. » Certains purent sourire du langage emphatique de Thomas; mais, pour le fond même, son discours ne faisait qu'interpréter le sentiment général.

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