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I. L'Homme de lettres, chap. i, Paris

LES HOMMES DE LETTRES ET l'oPI^ÎION PUBLIQUE 2^7

En s'assignant cet office, en affichant ce zèle pour l'intérêt commun, les hommes de lettres eurent vite fait de se rendre les guides et les maîtres de l'opinion publique. Rapidement ils prirent sur elle un empire si manifeste qu'un ministre du roi n'hésita pas à l'attester solennellement. Voici comment parlait Malesherbes, quand il fut reçu, en 1776, à l'Académie française : « Le public porte une curiosité avide sur les objets qui, autrefois, lui étaient le plus indifférents. ILs'est élevé un tribunal indépendant de toutes les puissances, et que toutes les puissances respectent, qui apprécie tous les talents, qui prononce sur tous les genres de mérite; et, dans un siècle éclairé, dans un siècle où chaque citoyen peut parler à la nation entière par la voie de l'impression, ceux qui ont le talent d'instruire les hommes et le don de les émouvoir, les gens de lettres, en un mot, sont au miheu du public dispersé ce qu'étaient les orateurs de Rome et d'Athènes au milieu du peuple assemblé. » Douze ans plus tard, un homme peu enclin à l'illusion et qui toujours détesta d'être dupe, Rulhierre, constatait comme Malesherbes que la direction de l'esprit public appartenait aux écrivains : « Ce fut alors que s'éleva parmi nous ce que nous avons nommé Vempire de l'opinion publique. Les hommes de lettres eurent aussitôt l'ambition d'en être les organes et presque les arbitres. Un goût plus sérieux se répandit dans les ouvrages d'esprit; le désir d'instruire s'y montra plus que le désir de plaire. La dignité d'homme de lettres, expression juste et nouvelle, ne tarda pas à devenir une expression avouée, et d'un usage reçu\ »

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