I. Discours de réception à l'Académie française, 4 juin
Les faits, au reste, parlent de façon plus convaincante que des discours académiques.
Dans un chapitre de ses Mémoires sur Suard, Garât a fait une énumération des étrangers illustres ou distingués qui, au xviii^ siècle, voyagèrent en France et séjournèrent à Paris. On y voit défiler des hommes venus de presque toutes les parties de l'Europe, Allemands, Anglais, Italiens, Portugais, Scandinaves; ce sont des historiens, des philosophes, des écrivains politiques. Gibbon, Hume, Wilke, Veri, Beccaria; ce sont des diplomates, Caraccioli, Greutz, Galiani, Gleichen, Grimm. Garât remarque avec justesse qu'ils se montrèrent moins curieux de connaître notre ciel, nos mœurs, nos arts, nos monuments que l'état des esprits. Et, sans doute, pour se renseigner, ils virent la cour, fréquentèrent les salons et se mêlèrent à la vie sociale. Mais c'est surtout avec les gens de lettres qu'ils eurent commerce: lord Stormon, à Paris, quand ses fonctions de ministre étaient remplies, « vivait plus, dit Garât, avec nos grands écrivains qu'avec nos grands seigneurs » . Greutz entretenait des relations intimes avec Marmontel; Olavidès, le baron de Goltz, se montraient fort assidus près de d'Alembert^; Grimm, Galiani, Gleichen étaient les amis et les familiers de Diderot; tous ces étrangers passèrent dans le salon de Suard, lorsqu'il fut devenu comme le quartier général de la littérature. Ce qu'ils voulaient, en se liant ainsi avec les écrivains, c'était, pour ainsi dire, saisir l'opi-