I. D'après Pougens, Lettres philosophiques, p
LES HOMMES DE LETTRES ET l'opINION PUBLIQUE 2^9
nion publique à sa source même ; car il ne leur suffisait pas de connaître leurs œuvres; il leur fallait aussi, pensaient-ils, pénétrer dans l'intimité des auteurs. « Ils croyaient, et avec raison, dit Garât, que nos livres étaient tantôt moins, tantôt plus hardis que nous-mêmes ; que la censure soumettait les uns à des sacrifices, excitait les autres à des excès. » En somme, toute leur conduite montrait qu'ils tenaient les gens de lettres pour notre véritable, presque pour notre seule représentation nationale.
Les souverains étrangers étaient dans les mêmes sentiments. La langue et la pensée française avaient pénétré dans presque toutes les cours d'Europe. Voltaire le constatait dès 1763 et écrivait à d'Alembert: « Ce n'est pourtant ni à messieurs du Parlement, ni à messieurs des convulsions, ni à nos généraux, ni à nos premiers commis qu'on doit cette petite distinction. Une douzaine d'êtres pensants, à la tête desquels vous êtes, empêche \^que la France ne soit la dernière des nations ^ » Aussi /les princes et les rois qui vinrent en visite à Paris vou- \lurent-ils être mis en rapport avec les représentants de notre littérature. Et c'est d'autant plus caractéristique que les pouvoirs officiels commencèrent par se prêter mal à ce désir. Le roi de Danemark, lors de son voyage, en 1768, exprima dès l'abord son intention « de voir les gens de lettres à son aise et de converser avec eux ; mais le Conseil supérieur a décidé, dit-on, qu'il fallait qu'il ne les vît pas* ». Le fait est que M. de Duras, chargé de faire au roi les honneurs de la France, l'accabla de bals, de fêtes, de spectacles et lui présenta toute sorte de gens