D'Alembert à Voltaire, la novembre
à l'exclusion des hommes de lettres. Mais Duras eut beau faire; Gleichen, envoyé extraordinaire de Christian VII, trouva moyen de contenter le désir de son maître. Il pria dix-huit écrivains à un dîner où le roi devait assister; une indisposition de Christian VII ayant fait manquer ce projet, le dîner fut remplacé par une réception qui eut lieu à l'hôtel d'York, occupé par sa majesté danoise. Avaient été invités: Mairan, Cassini, Duhamel, d'Alembert, Duclos, abbé Barthélémy, d'Holbach, Crébillon, Condillac, Morellet, Grimm, Gentil-Bernard, Diderot, Saurin, Helvétius, Marmontel, Watelet, La Condamine*. Après une présentation individuelle, le roi fit des compliments à chacun, s'entretint un moment avec d'Alembert et dit à Diderot : « M. de Gleichen est fort de vos amis. — Sire, c'est à ce titre que j'ose paraître devant Votre Majesté. — J'espère, continua le roi, qu'il vit beaucoup avec vous. — Son commerce m'instruit et m'éclaire », répliqua Gleichen. Très avisé et ne parlant qu'à bon escient, Gleichen n'eût pas tenu ce propos, s'il n'eût su qu'il était pour plaire à son souverain. — Cette entrevue ne passa pas inaperçue, comme on peut le croire : elle eut ce résultat que, désormais, pour les princes étrangers de passage à Paris, l'usage d'accueillir les gens de lettres
I reçut, comme dit la Correspondance de Grimm, « force de loi ou du moins d'étiquette ». « Le séjour que différents princes souverains ont fait en cette capitale depuis quelques années est devenu remarquable par la manière
dont ils ont accueilli les arts et les lettres, ainsi que ceux
qui les cultivent. Le prince héréditaire de Brunswick
n'a pas manqué une occasion de témoigner sa passion pour toute espèce de gloire et son extrême sensibilité