I. Correspondance de Grimm, VIII, 2i3-2i
LES HOMMES DE LETTRES ET l'oPINION PUBLIQUE 25 1
pour tout ce qui porte l'empreinte du mérite. Les gens de lettres et les artistes se rappellent avec reconnaissance la simplicité avec laquelle le prince héréditaire de Saxe- Gotha s'est trouvé au milieu d'eux. » Puis le rédacteur de la Correspondance de Grimm, après avoir rappelé le séjour du roi de Danemark, ajoute: v Leurs altesses royales [le prince royal et le prince Frédéric Adolphe de Suède] ont fait l'accueil le plus flatteur à tous ceux qui ont été à portée de leur faire leur cour et ont admis à leur table, indistinctement, tout ce qu'il y a de plus illustre en France par la naissance et par le rang, et les artistes et les gens de lettres les plus estimés ^ » Ces politesses princières faites aux écrivains étaient ainsi devenues presque protocolaires. Nul doute que ces grands personnages aimaient à se donner par là une attitude élégante de princes lettrés ; mais, chez eux, c'était surtout souci de gagner ceux qù^il savaient en situation de diriger l'esprit public en France et de créer des courants d'opinion qui, partis de Paris, circulaient à travers toute l'Europe. Cette préoccupation fut particulièrement manifeste chez Gustave IIP; mais, d'ailleurs, elle n'a été étrangère à aucun des autres souverains.
En France, il y eut des manifestations, d'un caractère tout spontané, qui ne permettent pas de douter de l'ascendant que les gens de lettres avaient alors pris siîr~ta nation. — En 1754, après un séjour à Colmar, Voltaire passa quelque temps à Lyon. Chaque fois, dit son secrétaire Collini, qu'il « paraissait au théâtre ou dans un lieu