Correspondance de Grimm, IX
2. Voir Gustave III et la Cour de France, par A. GeiTroy, I, 216 et suiv., Paris, 1867.
public des acclamations et des applaudissements unanimes servaient d'interprètes à l'admiration qu'il excitait ». — En 1755, lorsque fut connue la maladie qui devait emporter Montesquieu, » elle devint l'objet des conversations et de l'inquiétude publique » , « sa maison ne désemplissait pas de personnes de tout rang qui venaient s'informer de son état; » tous les papiers publics annoncèrent sa mort comme une calamité ^ Le Parlement eut beau décréter Rousseau de prise de corps; lorsqu'il se rendit à Amiens avant de passer avec Hume en Angleterre, on l'y accueillit avec enthousiasme et l'on parla même de lui rendre des honneurs publics « et de lui offrir des vins de ville ^ ». Ces hommages prirent parfois une forme inattendue: un armateur de Nantes, M. Montaudoin, mit un de ses vaisseaux sous le vocable de Voltaire. Voltaire en fut très touché: a Jusqu'à présent, écrivait-il à Montaudoin, je ne pouvais me vanter d'avoir heureusement conduit ma petite barque dans ce monde ; mais, puisque vous daignez donner mon nom à un de vos vaisseaux, je défierai désormais toutes les tempêtes. Vous me faites un honneur dont je ne suis certai- ( nement pas digne et qu'aucun homme de lettres n'avait j jamais Teçu^. » L'exemple de M. Montaudoin suscita des imitateurs: dans une lettre du i3 janvier 1778, Jacques Poitevin, armateur à Bordeaux, demanda à Marmontel la permission de donner son nom à un bateau sur le chantier, comme il en a déjà appelé un le D'Alembert ; il y eut à Nantes un vaisseau nommé le Jean-Jacques et une felouque baptisée le Thomas. — On pourrait rap-