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Lettre du 2 juin

LES HOMMES DE LETTRES ET l'oPDîION PUBLIQUE 253

peler d'autres faits du même genre. A quoi bon les multiplier? L'accueil triomphal qui fut fait à Voltaire, lors- , qu'il revint à Paris en 1778, ne suffît-il pas à montrer jusqu'à quel point les écrivains s'étaient rendus maîtres , de l'esprit public? Car ce triomphe n'était pas celui d'un seul homme, c'était le triomphe de la profession littéraire. Les contemporains l'ont entendu ainsi, et c'est ce qu'un passage de la Correspondance de Grimm met en vive lumière: « Pourquoi les honneurs rendus à M. de Voltaire n'ont-ils jamais été rendus à un homme de

lettres avec le même éclat, avec les mêmes transports ?

L'enthousiasme avec lequel on vient de faire l'apothéose de M. de Voltaire, de son vivant, est la juste récompense, non seulement des merveilles qu'a produites son génie, mais aussi de l'heureuse révolution qu'il a su faire et dans les mœurs et dans l'esprit de son siècle, en combattant les préjugés de tous les ordres et de tous les rangs, en donnant aux lettres plus de considération et de dignité, et à l'opinion même un empire plus libre et plus indépendant de toute autre puissance que celle du génie et de la raison *. »

Ce langage est de Meister, esprit prudent, modéré qui, tout en ayant été très mêlé au monde des gens de lettres, se tint toujours en garde contre les illusions dont on pouvait se flatter dans ce milieu. Et, tout juste au même moment, voici comment parle Mercier : « L'influence des

écrivains est telle qu'ils peuvent aujourd'hui annoncer leur pouvoir et ne point déguiser l'autorité légitime qu'ils ont sur les esprits 2. » Ainsi l'homme pondéré et l'enthou-

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