Correspondance de Grimm, XII
2. De la Littérature et des Littérateurs, Yverdun, 1778. — Comme le dit Mercier, les hommes de lettres ne craignirent pas « d'annon-
2b^ LES HOMMES DE LETTRES AU XVIII*' SIECLE
siaste s'expriment à très peu près de même ; avec eux nous pouvons donc croire qu'à la fin du xviii® siècle les gens de lettres exercent sur l'opinion publique une pleine et incontestable maîtrise.
cer leur pouvoir ». Dans une tragédie de Fenouillot de Falbaire, les Jammabos, représentée en 1780, on lit les vers que voici :
Les lettrés forment seuls l'opinion publique,
Le plus grand des ressorts dans l'ordre politique.
Il nous a fallu donner ici une place à part aux jour nalistes. Au xviii'' siècle en effet les hommes de lettres ne les admettaient pas volontiers dans leurs rangs ou, du moins, pendant un temps assez long ils ne les considérèrent que comme de très humbles et même de très indignes confrères.
Voici le propos que Tabbé de La Porte, dans son Voyage au séjour des ombres^, fait tenir à Desfontaines: (( De mon temps il y en avait une (maison) qui, par sa célébrité, pouvait être comparée à l'ancien hôtel de Rambouillet^. On n'y recevait que les auteurs du premier ordre; il fallait être au moins de l'Académie ou avoir espérance d'y parvenir pour être admis dans cette illustre assemblée. Pour moi, en qualité d'auteur de feuilles périodiques, vous pensez bien qu'on ne pouvait m'y recevoir. Je n'étais ni académicien ni ne devais me flatter de le devenir jamais : le métier de journaliste en est un