Mémoires de Luynes, II, 4oi
20^ LES HOMMES DE LETTRES AU XVIIl^ SIÈCLE
vingt ans 12000 livres de rente, toutes les années. Ce chiffre, il est vrai, baissa dans la suite ; mais le directeur de la Gazette ne cessa pas d'avoir un émolument fort convenable. A la date du 19 février 17 4 9, voici ce qu'écrit le duc de Luynes : « J'appris hier par M. de Verneuil qu'il a vendu ces jours-ci le privilège de la Gazette de France ; il m'a dit que cela valait 8 000 livres de rente; il l'a vendu 100 000 livres à M. le Président Drillon^ » Plus brillantes encore les affaires du Mercure : « M. Davoust, écrit Collé en 1764, ni'a assuré que, tous frais faits, le produit net montait à
21 ou 22 000 livres ; et M. Davoust le sait bien, puisque, depuis deux ou trois ans, c'est lui qui a eu la bonté de conduire cette affaire pour La Bruère^. » La Harpe affirme que, pendant un temps assez long, V Année littéraire rapporta à Fréron plus de 20000 livres par an ^. Au dire de Brissot, Linguet gagna au moins 100 000 francs avec ses Annales. Le gouvernement, qui n'ignorait pas le succès de ces entreprises, trouva bon, à un moment, de les mettre au service d'un intérêt général, et parfois un entrepreneur de feuilles ne put obtenir de privilège, sinon sous la condition qu'une certaine partie de ses bénéfices serait prélevée pour être attribuée en pensions aux gens de lettres.
Pensionnés ainsi sur les journaux, ceux-ci, de nécessité, s'aperçurent que le journalisme était une industrie prospère. Il y avait bien là de quoi faire impression sur eux. C'était une considération faite pour ne pas laisser absolument indifférente l'âme la moins mercenaire du