I. Correspondance, VII, ^3o
a. Correspondance, VIII, 378.
gens venus d'en bas ou tombés d'en haut ; et, pour n'en citer qu'un, le chevalier de Mouhy fut assurément un assez méprisable drôle. Mais il est aussi des hommes de lettres estimés, connus ou même célèbres, qui s'emploient à écrire des gazettes manuscrites ; Favart, Grimm, La Harpe firent cet office ; et il faut les en féliciter, nous en féliciter nous-mêmes ; car, s'ils ne l'eussent pas fait, combien aurions-nous perdu pour la connaissance de leur époque I Avec eux, le type ancien du nouvelliste tend à s'abolir ; plus honorable, c'est celui du correspondant littéraire qui s'y substitue.
En somme, dans les trente années comprises entre 1760 et 1780, il s'est accompli un changement notable dans les journaux eux-mêmes et dans la situation des journalistes. A prendre les choses dans l'ensemble, il est certain qu'à cette époque les journaux sont mieux faits qu'ils n'avaient été naguère. Nous avons sur ce point le témoignage d'un bon juge : « Il m'est arrivé aux champs, dit Sainte-Beuve*, dans la bibliothèque d'un agréable manoir, de rencontrer et de pouvoir dépouiller à loisir plusieurs années de cette considérable et excellente collection intitulée V Esprit des Journaux, laquelle, commencée à Liège en 1772, s'est poursuivie jusque vers 18 13. Je ne revenais pas de tout ce que j'y surprenais, à chaque pas, d'intéressant, d'imprévu, de neuf et de vieux à la fois, d'inventé par nous-mêmes hier. Cet Esprit des Journaux était une espèce de journal (disons-le sans injure) voleur et compilateur, qui prenait leurs bons articles aux divers journaux français »
Et, les journaux étant mieux faits, les journalistes aussi étaient mieux vus du public, mieux vus des gens