I. Portraits contemporains, m
de lettres parmi lesquels ils faisaient des recrues de plus en plus nombreuses. Ce revirement de l'opinion est attesté par l'élection qui, en 177 1, porta l'abbé Arnaud à l'Académie française et par celle qui, en 1776, y fit entrer Suard. Pour faire partie de la compagnie, Arnaud et Suard n'avaient, autant dire, pas de titres à produire, sinon les acticles qu'ils avaient donnés à la Gazette de France, au Journal étranger, à la Gazette littéraire de l'Europe. Journalistes, c'est bien en qualité de journalistes qu'Arnaud et Suard devinrent académiciens. Peu d'années, au reste, après leur admission, le journalisme était, en séance publique de l'Académie, admis au droit de cité dans la république des lettres. Voici comment s'exprimait le duc de Nivernois à la réception de Target, le 11 mars 1780. « L'emploi du journaliste est digne d'être exercé par les meilleurs
esprits Celui qui, ne perdant jamais de vue ses
devoirs et la dignité de son emploi, n'offre au lecteur que des analyses exactes et précises, des résultats clairs et légitimes, des conclusions judicieuses et impartiales, celui-là mérite la reconnaissance des auteurs, des lecteurs et de la république des lettres. » On voit, par ce langage, quel chemin avait été parcouru depuis le temps où Desfontaines disait que la profession de feuilliste était regardée « comme la plus vile de la littérature ». Les journalistes avaient conquis la considération; le journalisme cessait d'être « un exercice de roture ».