‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 173 sur 186 · Dussault, Annales littéraires, II, 18, Paris · texte numérisé non relu

Dussault, Annales littéraires, II, 18, Paris

Pellisson. 18

veillance qui les a dictées. Mais si, en ce passage, Dussault, par malveillance, exagère les choses, il ne les fausse pas. On peut lire dans la Correspondance de Grimm un morceau de Meisler où il raille, lui aussi, les airs dominateurs qu'affecte volontiers la gent littéraire ; et Meister n'est nullement l'ennemi des gens de lettres*. Ne sait-on pas que, lorsque le comte du Nord vint à Paris, La Harpe, sous prétexte qu'il était le correspondant littéraire du prince, s'imposa à lui fort indiscrètement et se présenta presque tous les jours à sa porte? Un jour, chez M'"^ de Luxembourg, ne tint-il pas cet extraordinaire propos: « J'ai eu deux conversations avec M. le comte du Nord sur l'art de régner et j'en ai été, je vous assure, parfaitement satisfait^. »

Mais ce qui réussit ne va guère sans des excès de ce genre, et ceux qui réussissent échappent peu pour l'ordinaire à de semblables travers.

Il n'en reste pas moins que l'effort poursuivi par les gens de lettres au xviii* siècle peut être regardé comme un épisode intéressant de l'histoire de la société française. Sans faire violence aux faits, sans vouloir enfler les choses, n'est-il pas permis de dire qu'à l'heure où l'aristocratie du passé allait disparaître, ils ont tendu à instaurer une nouvelle aristocratie, l'aristocratie intellectuelle, la seule qui soit compatible avec l'organisation du monde moderne? Et sans doute, nous le savons bien, cette aristocratie ne doit pas se composer des seuls gens de lettres ; mais encore faut-il bien reconnaître qu'ils en sont, à coup sûr, l'élément le plus spécifique.

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