‹ Les hommes de lettres au 18e siecleChapitre 20 sur 186 · Paris, s. d · texte numérisé non relu

Paris, s. d

3. C'est au moins ce que Rousseau assure (V. Confessions, Partie II, Livre XI).

nous avançons pas trop en affirmant que la prison fut une peine fréquemment appliquée à ce que nous nommerions les délits de presse.

Cette peine, dit-on, était loin d'être terrible *. Et nous n'y contredisons pas. Parler, quand il s'agit des hommes de lettres, de l'horreur du séjour de la Bastille ou de Yincennes serait pure déclamation. On ne les y traitait pas (l'opinion publique eût protesté) en criminels de droit commun ; ils n'y subissaient pas le régime du carcere daro. On leur permettait d'ordinaire de lire, d'écrire, parfois de se promener un peu dans le préau, même de recevoir quelques visiteurs ; ils n'avaient pas trop à se plaindre des conditions de la vie matérielle : « On me donnait par jour, dit Morellet, une bouteille d'assez bon vin, un pain d'une livre fort bon; à dîner, une soupe, du bœuf, une entrée et du dessert ; le soir, du rôti et de la salade^. » Aussi Voltaire, Marmontel, Morellet lui-même, ont pu parler en badinant de leur captivité. Gela entendu, il ne faudrait pourtant pas se représenter ces prisons comme des lieux de retraite, où le gouvernement ménageait aux écrivains le loisir de se reposer et de se recueillir. Presque toujours la réclusion commençait par être étroite et l'isolement complet. Morellet, qui n'était pas un bien grand coupable, dit qu'il fut « renfermé hermétiquement» et ne sortit point de sa chambre pendant les six premières semaines qui suivirent son arrestation. La captivité de Diderot à Yincennes ne laissa pas, au début, d'être assez rigoureuse^.

1. Voir un article de M. Funck-Brentano dans la Reuue bleue (i3 juillet 1889).

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