I. Mémoires de Marmontel, livre V
a. Œuvres de Diderot, IV, i3 et suiv.
ce pouvoir?... Quel parti ont-ils à prendre que celui d'obéir et de se taire?... Si on les persécutait, ils se plaindraient tout au plus, et ce n'est pas se révolter que de se plaindre. » Et ailleurs : « Quand a-t-on vu attroupés ceux qu'on appelle philosophes ? Ont-ils des temps et des lieux d'assemblée ? ^ » Il est certain, en effet,
- " qu'il n'y eut jpas d'hommes de lettres mêlés aux agitations, aux émeutes qui, en ce temps, furent pourtant moins rares qu'on le croit. Dans la grande sédition de 1760, pas un d'eux ne fut compromis ; et, à la fin du siècle, quand le gouvernement, lassé des criailleries des orateurs de cafés et de lieux publics, jeta un coup de
^ filet, aucun écrivain n'eut affaire à la police.
Sans doute, dans l'ensemble, les hommes de lettres au xviii^ siècle ont fait de l'opposition au pouvoir ; mais on s'expose à de singulières méprises et à de grosses erreurs, si l'on ne prend pas soin de déterminer en quel sens et dans quelle mesure cette opposition s'est exercée. — Et d'abord, il faut noter que certains n'ont été et n'ont voulu être que des spéculatifs ; de très bonne foi, dans leurs plus grandes hardiesses, ils ne cherchaient, suivant le mot de Morellet, qu'un « exercice paisible de l'esprit ». L'action n'était nullement leur fait et restait hors de leurs visées. « Certainement aucun d'eux n'était capable d'entrer dans une conspiration, ni dans le moindre projet de troubler le gouvernement et la paix publique ^. » On le vit bien quand la Révolution fut venue : elle fit peur à plus d'un de ces penseurs
1. Dans ses Réflexions sur l'état présent de la République des lettres, écrites en ij6o, morceau inédit qui a été donné (en appendice) par M, L. Brunel dans son livre sur les Philosophes et l Académie française, Paris, 1884.