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Mémoires de Morellet, I

44 LES HOMMES DE LETTRES AU XVm* SIECLE

simplicité de croire que l'esprit était bon à tout' ». Sans doute l'opinion du Régent ne prévalut pas dans la suite : le préjugé se maintint longtemps que la diplomatie était, par définition, un emploi exclusivement réservé à la haute aristocratie. Montesquieu, qui fut un moment tenté d'entrer dans cette carrière-, Vauvenargues, qui se croyait la vocation d'un négociateur, ne purent pas obtenir un poste. Mais, à défaut d'un titre officiel, on confia à plus d'un homme de lettres des missions officieuses. On sait de reste comment, par deux fois, Voltaire fut dépêché près de Frédéric II pour négocier avec lui ; mais on croit, en général, que, dans ses Mémoires, il s'est exagéré et a exagéré son importance, que la cour de France ne le prenait pas au sérieux. Or les textes montrent que, tout au contraire, notre ministère attendait beaucoup de lui, qu'il recommanda, en conséquence, à ses agents de le traiter avec égards et qu'on ne tint pas du tout pour négligeables les services qu'il rendit ^. Vingt ans plus tard, un autre homme de lettres, Helvétius, se trouva, sinon employé, du moins mêlé à une négociation entre Frédéric et notre ministère des affaires étrangères*. Quant à Beaumarchais, son activité est assez connue, et, s'il a eu parfois mine d'espion et de policier, il a su aussi se hausser jusqu'au rôle de « compagnon-ministre », comme il dit. Il ne faudrait pas non

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